Santé Sexuelle Féminine

Vestibulodynie provoquée : de nouvelles pistes incitent à intégrer le partenaire à la prise en charge.

Analyse par Sandrine Atallah, Beyrouth, Liban

De l'article de Rosen NO, Bergeron S, Glowacka M, Delisle I, Lou Baxter M. Harmful or helpful: perceived solicitous and facilitative partner responses are differentially associated with pain and sexual satisfaction in women with provoked vestibulodynia, J Sex Med. 2012;9:2351-60.

La Société internationale pour l'étude des maladies vulvovaginales (ISSVD) identifie deux sous-catégories de vulvodynies : La vulvodynie localisée, dont la douleur est limitée à une partie de la vulve, et la vulvodynie généralisée, qui concerne toute le vulve. La douleur est généralement chronique, mais la pression ou la friction peut l'aggraver. Dans les deux cas, les symptômes physiques sont typiquement un inconfort vulvaire, le plus souvent décrit comme des brûlures, apparaissant en l’absence d’affection vulvaire visible ou de désordre neurologique spécifique.

Parmi les vulvodynies localisées, la vestibulodynie provoquée est la plus fréquente avec une prévalence de 12 %. Les femmes souffrant de vestibulodynie provoquée se plaignent de douleurs vulvovaginales chroniques déclenchées principalement par les contacts sexuels, mais qui peuvent être ressenties également par l’insertion d’un tampon et lors d’un examen gynécologique. Cette condition perturbe souvent le fonctionnement sexuel en diminuant le désir sexuel ainsi que la capacité d’atteindre un orgasme et la fréquence des rapports sexuels. La vestibulodynie provoquée est souvent accompagnée d’une détresse psychologique et d’une qualité de vie réduite.

Rares sont les études scientifiques qui se sont intéressées aux facteurs psychosociaux impliqués dans le développement et le maintien de la vestibulodynie. Une association positive entre les degrés d'anxiété et de douleur, ainsi qu'une association négative entre les degrés de satisfaction conjugale et de douleur ont été cependant identifiées chez des femmes souffrant de ce type de dyspareunie. Cependant des travaux récents se sont penchès sur le rôle du partenaire dans l'expérience de la douleur et la satisfaction sexuelle des femmes souffrant de vestibulodynie. Il semblerait qu’une attitude empathique et compatissante de la part du partenaire masculin soit corrélée positivement avec le degré de la douleur et celui de la satisfaction sexuelle. Résultats qui pourraient paraître contradictoires, mais qui soulignent la nécessité de l’implication du partenaire dans la prise en charge de la vestibulodynie.

Le but de l’étude référencée ci-dessus était d’investiguer davantage l’impact de l’attitude du partenaire masculin sur l'expérience de la douleur et la satisfaction sexuelle des femmes souffrant de vestibulodynie provoquée. Les sujets masculins furent divisés en deux catégories selon leur attitude vis-à-vis de la souffrance de leur partenaire : l’ « empathique » (« solicitous ») et l’ « encourageant » (« facilitative »).

Cent vingt et une femmes (âge médian: 31 ans) participèrent à l’étude. Les femmes complétèrent des questionnaires portant sur l’attitude de leur partenaire masculin vis à vis de la vestibulodynie provoquée ainsi que leur degré de douleur, leur fonction sexuelle, leur satisfaction sexuelle, leur niveau d’anxiété, leurs comportements d’évitement de la douleur et de l’activité sexuelle.

Le partenaire « empathique » fut décrit comme compatissant, surprotecteur et soucieux. Il irait même jusqu’à suggérer l’évitement des rapports sexuels afin de prévenir toute douleur. Le partenaire « encourageant » fut décrit comme facilitant la gestion de la douleur. Il encourageait sa compagne à composer avec sa douleur et à maintenir leurs rapports sexuels.

Après ajustement des données en fonction du degré d'anxiété réactionnelle et de comportement évitant, il s'avéra qu'avoir un partenaire « empathique » était associé de façon statistiquement significative à un degré de douleur plus élevé lors des rapports sexuels, ce que les chercheurs interprétèrent par le fait qu'il encourageait sa compagne à éviter tout type d’activité sexuelle, amplifiant son anxiété et ses pensées négatives à propos de la douleur. Ce qui amènerait à une exacerbation de la douleur. L’évitement des rapports sexuels pourrait même provoquer des problèmes relationnels et de communication au sein du couple. En contrepartie, avoir un partenaire « encourageant » était significativement associé avec un niveau de douleur moins intense, ainsi qu’à une satisfaction sexuelle plus élevée. L'interprétation des chercheurs était qu'en encourageant une attitude optimiste face à la douleur, le partenaire « encourageant » générait des cognitions positives chez sa compagne lui permettant de réaliser qu’elle peut gérer et contrôler sa douleur et ressentir du plaisir lors des relations sexuelles. En se focalisant sur des activités sexuelles agréables qui renforcent l’intimité et réduisent le stress vis à vis de la douleur, le couple réussirait à réduire les sensations douloureuses.

Les auteurs suggèrent que ces résultats pourraient contribuer à élaborer des interventions psychologiques ciblées, et à prendre en charge les couples confrontés à la vestibulodynie provoquée en favorisant des attitudes qui réduiraient le degré de douleur et amélioreraient le niveau de satisfaction sexuelle.

L’on en conclut qu’il est primordial d’intégrer le partenaire masculin dans la prise en charge thérapeutique de la vestibulodynie provoquée. Il est aussi recommandé d’encourager les couples à éviter les pratiques sexuelles douloureuses, sans s'abstenir complètement de l'activité sexuelle. Se réinventer une vie sexuelle centrée sur des activités sexuelles stimulantes autres que la pénétration et sur leurs bienfaits sur le plan émotionnel comme l'intimité et le partage du plaisir.