Santé Sexuelle Féminine

Sexualité du post-partum: à la recherche des facteurs prédictifs de la reprise des rapports

Analyse par Armand Lequeux, Louvain, Belgique

de l'article de Hipp LE, Kane Low L, and van Anders SM. Exploring women’s postpartum sexuality: Social, psychological, relational, and birth-related contextual factors. J Sex Med 2012;9:2330–2341.

Voici une étude qui porte sur un thème délicat et très fréquemment abordé, aussi bien en consultation de gynécologie que dans les cabinets de sexologie et de psychologie conjugale : la sexualité féminine en post-partum.

Un nombre important (304) de femmes ont passé une série impressionnante de questionnaires afin d’évaluer leur état physique et psychologique pendant la période qui a suivi leur accouchement. Elles ont également fourni des données essentielles sur le temps nécessaire à la reprise de leurs activités sexuelles (orales, coïtales ou masturbatoires), sur le soutien reçu par leur partenaire et surtout sur le désir de celui-ci de s’engager dans les activités sexuelles.

Pour une série d’éléments, il n’y a clairement pas d’effet sur le timing de la reprise des activités sexuelles et sur la satisfaction que celles-ci procurent. Ces éléments que l’on pourrait qualifier de neutres sont : la présence ou non d’un traumatisme vaginal (déchirure ou épisiotomie), la lactation, l’état de fatigue subjectivement ressenti, le stress et l’image corporelle. Par contre trois éléments influencent fortement le retour relativement rapide à une sexualité satisfaisante : le vécu émotionnel de l’accouchement, le support social et l’attitude activement désirante du partenaire !

Les auteurs de cette très intéressante et très complète étude manifestent leur étonnement devant la primauté des facteurs psycho-relationnels (soutien social et conjugal) par rapport à d’autres études qui mettent plus volontiers l’accent sur les éléments biomédicaux (lactation, fatigue, etc.). Ils transforment cet étonnement en recommandations auxquelles on ne peut que souscrire : il est important de sensibiliser les proches et surtout le partenaire sur le rôle essentiel qu’ils jouent dans la période de fragilité féminine du post-partum. En particulier, le désir sexuel actif du partenaire est un élément prédictif positif évident.

En terminant cette analyse, je me permets de lever une hypothèse qui n’est pas reprise par les auteurs et qui pourrait expliquer la primauté du sexo-relationnel sur le biomédical : ces femmes sont interrogées sur leur post-partum avec un délai qui atteint jusque 7 ans après leur accouchement ! La perception a posteriori de ce qu’elles ont vécu pendant cette période particulière peut être biaisée par ce long délai.