Dysfonction Erectile

Au-delà du risque d’accident cardio-vasculaire  qu’elle implique, la dysfonction érectile  prédit aussi une mortalité précoce.

D’après l’article de AB Araujo et col, Erectile Dysfunction and Mortality, J Sex Med 2009

Analyse par Jacques Buvat, Lille, France.

On sait que dysfonction érectile (DE) et maladie cardiovasculaire (MCV) partagent les mêmes facteurs de risque, les mêmes mécanismes pathophysiologiques, et sont souvent associées. Plusieurs études épidémiologiques ont confirmé que la DE était même un prédicteur d’évènements cardiovasculaires sérieux, particulièrement d’infarctus. Dans cet article, l’équipe de la Massachusset’s Male Aging Study (MMAS) a cherché à évaluer si, de ce fait, la dysfonction érectile pouvait être associée à une mortalité accrue, particulièrement d’origine cardiovasculaire.

L’analyse a porté sur les 1709 hommes inclus dans la MMAS  entre 1987 et 1989 alors qu’ils avaient 40 à 70 ans. Ces hommes ont été réévalués à deux reprises, huit et  quinze ans plus tard. Les évaluations ont porté sur l’éventuelle présence d’une dysfonction érectile, avec quatre degrés possibles (absente, minime, modérée et complète, c'est-à-dire pour cette dernière interdisant la pénétration). Le statut vital des participants a été évalué en 2004 par la consultation de l’Index National des Décès, et la cause de la mort a été obtenue par l’intermédiaire du service « NDI plus » qui classe cette cause selon la classification internationale des maladies. Les auteurs ont catégorisé les décès en décès d’origine cardiovasculaire, quelle qu’en soit la cause, décès par cancer, et autres causes.

Fin 2004, 403 hommes de la cohorte étaient morts. Après ajustement des données pour l’âge, l’Index de Masse Corporelle, la consommation d’alcool, l’activité physique, le tabagisme, l’existence d’une cardiopathie au départ, l’hypertension et le diabète, la dysfonction érectile modérée ou sévère s’avéra significativement associée à une augmentation du risque de mortalité par rapport aux sujets sans DE, ou avec DE minime : risque relatif 1.26, intervalle de confiance 1.01-1.57 pour les décès toutes causes confondues. Le risque relatif était plus élevé pour la mortalité d’origine cardiovasculaire (1.43, IC 1.00-2.05). Dans le modèle ajusté pour le seul âge, le risque de décès d’origine cardiovasculaire fut corrélé à la sévérité de la dysfonction érectile.

L’existence d’une DE ne s’avéra pas corrélée au risque de décès par cancer, mais par contre elle fut également plus modestement corrélée au risque de décès par « autres causes ». Le risque de décès par maladie cardiovasculaire s’avéra comparable à celui associé à plusieurs facteurs de risque vasculaire classiques, comme l’augmentation de l’Index de Masse Corporelle, le diabète et l’hypertension.

Cette analyse tend donc à conforter les études épidémiologiques précédentes qui  conclurent que la dysfonction érectile est un facteur de risque vasculaire de même signification pronostique que des facteurs plus classiques comme antécédents familiaux d’infarctus précoce, tabagisme ou diabète, vis-à-vis des accidents cardiovasculaires type infarctus ou accident vasculaire cérébral. Mais c’est la première étude épidémiologique qui démontre qu’elle implique de ce fait  un risque de décès plus précoce que celui de la population générale. Ces constatations ont des implications cliniques et de santé publiques majeures et soulignent, s’il en était encore besoin, l’intérêt d’un dépistage systématique des troubles de l’érection lors des bilans de santé de l’homme de plus de 40 ans,  plus particulièrement  chez les populations à risque.