Dysfonction Erectile

A partir de quelle dépense énergétique hebdomadaire l’activité physique diminue-t-elle le risque de dysfonction érectile ?

D’après l’article de C W. Kratzik et coll, European Urology, 2009.

Analyse par Jacques Buvat, Lille, France

Nombreuses sont les études publiées ces dernières années qui ont établi une corrélation entre absence d’activité physique et risque de dysfonction érectile (DE), tout comme d’ailleurs entre obésité et risque de DE. L’étude de l’Autrichien Kratzik est particulièrement intéressante en ce qu’elle a essayé de quantifier l’activité physique nécessaire pour diminuer ce risque de DE, et dont on peut supposer, en fonction d’autres données de la littérature et des corrélations maintenant bien établies  entre DE et maladies cardiovasculaires, qu’elle serait également bénéfique pour la santé vasculaire d’ensemble de l’individu. A cet effet un urologue a interrogé et  examiné 674 hommes de 45 à 60 ans, et leur a fait remplir la version abrégée de l’IIEF (IIEF5), ainsi que l’échelle de Paffenbarger qui évalue l’activité physique de l’individu en fonction du nombre d’étages escaladés chaque jour, de la distance moyenne qu’il parcourt à pied, et du temps consacré à tout type de sport ou d’autre activité récréative consommant de l’énergie. Le score de l’IIEF5 a ensuite été comparé au score de l’échelle de  Paffenbarger. Il a été ainsi observé une corrélation significative, de type « dose dépendante », entre la qualité de la fonction érectile et le degré d’activité physique exercée, tout au moins jusque 4000 kcal par semaine, après quoi on  atteint un plateau. Bien sûr le risque de dysfonction érectile était modulé par différents autres facteurs, essentiellement l’âge et l’Index de Masse Corporelle (chaque augmentation de l’IMC, de 1 kg par m² augmentait de façon significative le risque de DE de 6.3 %), et également l’hypertension artérielle.

Les points pratiques les plus intéressants de cette étude sont que le risque de DE diminue significativement dès une dépense énergétique de 1000 kcal par semaine, ce qui correspond à danser 30 minutes, courir 2,4 km en 15 mn,  faire 6,4 km en vélo en 15 mn ou jardiner pendant 30 à 45 mn. Mais si l’on veut espérer un bénéfice important de l’activité physique, il faut dépenser au moins 3000 kcal par semaine. Dans ce cas, le risque de DE sévère (grosso modo ne permettant même pas la pénétration) est réduit de 83 % par comparaison à celui des hommes dont l’activité physique fait dépenser moins de 3000 kcal par semaine. Il est également à noter que dans cette enquête aucun homme ayant un score de Paffenbarger au dessus de 4000 kcal par semaine ne présentait une DE sévère (Score IIEF5 < 8).

Les auteurs concluent en rappelant que la population masculine est en général bien informée du fait qu’une activité physique régulière est une condition essentielle pour une vie saine. Cependant, lorsqu’on les interroge à ce sujet, 57 % des européens répondent qu’ils n’ont pas eu d’activité physique significative au cours des sept jours précédents. En fait les gens abandonnent la pratique régulière d’une activité physique par manque de motivation. Le fait que beaucoup d’hommes accordent une grande importance à leur fonction érectile pourrait être un atout pour les motiver à augmenter leur activité physique pour prévenir et même traiter leur dysfonction érectile. L’étude d’Esposito et al (2004) a bien montré que la conjugaison de mesures diététiques et d’une activité physique conséquente pouvait guérir à soi seule 30 à 40 % des dysfonctions érectiles observées chez les obèses. Cet article nous donne en tout cas quelques références utiles quant à la quantité d’activité physique qu’on pourrait ainsi leur recommander.