Dysfonction Erectile

Impliquer la partenaire dans le traitement de la dysfonction érectile contribue à faciliter la prise en charge et à améliorer l’expérience sexuelle pour le couple : conseils pratiques pour les non spécialistes.

D’après Dean J, Rubio-Aurioles E, McCabe M, Eardley I, Speakman M, Buvat J, de Tejada IS, Fisher W. Integrating partners into erectile dysfunction treatment: Improving the sexual experience for the couple. International Journal of Clinical Practice 2008 ; 62 : 6-8 doi: 10.1111/j.1742-1241.2007.01636.x

Analyse par Dany Jawhari, Dijon, France.

Introduction

Bien que l’implication de la partenaire d’un homme consultant pour Dysfonction Erectile (DE) ne soit pas toujours possible ou appropriée, encourager et aider le patient à intégrer sa partenaire dans le projet thérapeutique est le plus souvent bénéfique pour améliorer la DE et surtout pour instaurer une nouvelle vie sexuelle satisfaisante pour les deux membres du couple.

Cet article nous propose une mise au point sur les arguments en faveur de l’intégration de la partenaire dans le processus thérapeutique, les preuves du bénéfice que cela apporte, les barrières à cette intégration et enfin, nous soumet un outil d’aide à la réussite de ce projet.

Même si l’article s’intéresse principalement aux couples hétérosexuels, ses réflexions et ses suggestions sont également applicables aux couples homosexuels. Il est également utile de signaler d’emblée que les facteurs sociaux, culturels et religieux, qui sont bien évidemment à prendre en compte dans une stratégie thérapeutique impliquant la partenaire, ne sont pas discutés dans cet article.

Pourquoi intégrer la partenaire au projet thérapeutique ?

Pour répondre à cette question, l’article s’appuie sur de nombreuses études, questionnaires et index validés ainsi que sur les résultats d’essais cliniques :  l’étude menée par Masters & Johnson en 1970 « the Nurses Sexuality Study », des études portants sur les problèmes sexuels rencontrés par les femmes, « FEMALES study » (Female Expérience of Men’s Attitudes to Life Events and Sexuality), « MALES study » (Male Attitudes to Life Events and Sexuality ), l’ISL (Index of Sexual Life) de Chevret & al., the FSFI (Female Sexual Fonction Index) ainsi que les essais cliniques du Vardenafil et du Sildénafil.

Leurs principales conclusions sont :

  • Un problème sexuel chez un membre du couple est source de souffrance pour les  deux membres de ce couple.
  •  Les partenaires d’hommes souffrant d’une dysfonction érectile rapportent une baisse significative du désir sexuel, de la fréquence des orgasmes et de la satisfaction sexuelle générale.
  • Ces femmes sont également plus sujettes à développer elles-mêmes des troubles sexuels (avec un score FSFI  significativement plus bas que les chez les partenaires d’hommes indemnes de troubles érectiles). Ces troubles sexuels pourraient même les conduire jusqu’à l’arrêt de leurs activités sexuelles.
  • Plus particulièrement, les essais cliniques du Vardenafil et du Sildenafil montrent que lorsque le traitement est accepté par les deux membres du couple les conséquences positives sont largement satisfaisantes avec une augmentation de la satisfaction sexuelle, de la qualité de vie sexuelle et de la fréquence des rapports.

L’ensemble des données revues suggère fortement l’importance d’intégrer la partenaire au traitement de la DE. En effet, cela présente de nombreux avantages :

  • La présence de la partenaire lors de la consultation permet l’expression explicite des désaccords et des problèmes de communication dans le couple et permet aussi à chacun des deux partenaires de donner son avis concernant le choix et surtout les attentes vis-à-vis du traitement. Ces attentes étant parfois irréalistes, leur réajustement peut se faire en présence de la partenaire.
  • La partenaire peut également apporter des informations complémentaires au médecin concernant notamment l’histoire du patient et l’évolution du trouble.
  • L’attitude et l’investissement de la partenaire pèsent parfois de façon prépondérante sur l’observance du traitement au long terme. Les préférences de la partenaire quant au choix du traitement sont à prendre en réelle considération. Le traitement devrait être idéalement choisi et accepté par les deux membres du couple, le contraire amoindrit les chances de réussite.
  • Enfin, les difficultés rencontrées par le couple pourraient être à l’origine de la dysfonction érectile et/ou pourraient participer à son aggravation, ce qui souligne encore une fois l’importance de la participation de la partenaire.

Cependant, prendre en compte et satisfaire deux avis représente un défi pour le soignant et cela est encore plus difficile si la partenaire n’est pas présente. Dans ce cas, la cible du traitement et donc du soignant doit rester les deux membres du couple. Le soignant doit alors essayer d’atteindre la partenaire à travers le patient grâce à des questions cliniques spécifiques pour se renseigner sur elle et lui faire parvenir des informations. Le médecin cherche notamment à savoir si la partenaire est au courant de toutes les options possibles du traitement, à connaître ses sentiments sur le sujet et l’état de communication du couple. Il pourrait aussi lui faire parvenir des brochures informatives.

Tenant compte de toutes ces données, nous pouvons affirmer que la participation de la partenaire joue un rôle clé dans la réussite d’un traitement pour DE. Les soignants ont donc la responsabilité de prendre en charge le couple souffrant de DE en considérant comme prioritaire l’intégration des deux partenaires dans le projet thérapeutique.

Les barrières à l’intégration de la partenaire

Il existe cependant des situations où l’intégration de la partenaire est difficile voire impossible, en relation avec des facteurs interpersonnels, sociaux, culturels, ethniques ou religieux. Parfois c’est la partenaire elle-même qui ne désire pas s’investir, ce qui pourrait refléter l’existence de conflits non résolus dans le couple, ou plus simplement un sentiment excessif de honte et d’embarras, ou encore une aversion envers le sexe.

Dans d’autres cas c’est au contraire, le patient qui ne souhaite pas faire intervenir sa partenaire en raison de facteurs culturels ou des problèmes de communication dans le couple. C’est dans des pareilles situations que le rôle du clinicien est prépondérant : il doit savoir aider, voire éduquer, le patient ou la partenaire et cela sans trop aller à l’encontre des volontés de chacun.

Recommandations et outils pour les cliniciens

Ces recommandations, proposées par un groupe de 35 experts internationaux et de spécialités différentes, proposent des pistes pour établir une communication entre le patient, sa partenaire et le praticien.

Dans le cas où le patient se présente seul le soignant doit poser certaines questions pour se renseigner sur la partenaire, et essayer par la suite de l’intégrer dans la prise en charge. Le processus se déroulerait ainsi en plusieurs étapes.

Etape 1 : Le soignant commence par aborder les éléments habituels nécessaires au diagnostic (histoire du patient, état somatique et psychologique, ses attentes, ses besoins…).

Etape 2 : Aborder la relation du patient avec sa partenaire. Pour cela une série d’outils a été créée. Le premier est un ensemble de questions permettant de cerner l’avis de la partenaire, dont voici quelques exemples «  avez-vous discuté avec votre partenaire de votre problème érectile ? » ou encore « est-ce que votre partenaire se sent concernée par le traitement ?», les réponses à ces questions permettent d’établir un profil pour chaque patient avant la suite de la prise en charge.

Les tableaux 1,2 et 3 (cf. ci-dessous) ont été établis pour proposer des solutions pour différentes situations (non exhaustives bien évidemment…) par exemple pour les non spécialistes qui sont confrontés à des demandes concernant la DE et en cas de problèmes dans la relation même du couple d’orienter d’abord le couple vers un thérapeute spécialiste des conflits conjugaux, pour les patients atteints de dysfonctions érectiles depuis longtemps les adressés à un spécialiste en médecine sexuelle et urologique.

CONCLUSION

Nous pouvons conclure que la partenaire est souvent affectée par les troubles sexuels de son partenaire, et que son intégration au traitement contribue largement à sa réussite au long terme. Le médecin a donc pour rôle, dans le cadre d’une dysfonction érectile, de soigner un couple et non uniquement un patient et encore moins une DE d’une façon isolée. Pour cela il doit développer les compétences et les relations avec d’autres professionnels de santé spécialisés, surtout s’il n’est pas spécialiste de la santé sexuelle. C’est ce qui est important de faire acquérir aux médecins responsables des premiers soins, qui ne sont pas toujours à même d’orienter les patients vers les spécialistes adaptés (d’après la MALES Study, 58 % des hommes souffrant de DE en ont parlé avec leur médecin mais seulement 16 % se sont vus prescrire un IPDE5 en retour !).

TABLEAUX

Tableau 1 : Evaluer la communication dans le couple et le soutien de la partenaire quant à la DE du patient.

  • Avez vous discuté de votre DE avec votre partenaire ?
  • Votre partenaire vous soutient-elle quant au traitement de votre DE ?
  • Votre partenaire est-t-elle concernée par votre traitement ?
  • Votre partenaire souhaite-elle venir en consultation ?
  • Savez vous si votre partenaire se pose des questions sur sa propre fonction sexuelle et/ou sur les possibilités de traitement ?

Tableau 2 : Recommandations pour orienter le patient consultant pour DE et sa partenaire vers le spécialiste le plus approprié

Recommandations pour orienter le patient consultant pour DE et sa partenaire vers le spécialiste le plus approprié

Tableau 3 : Rechercher les éventuels effets indésirables et adapter le traitement aux attentes du patient

  • Etes-vous satisfait du traitement ?
  • Votre partenaire est elle satisfaite du traitement ?
  • Votre vie sexuelle actuelle vous satisfait-elle ?
  • Avez-vous d’autres attentes ?
  • Existe-t-il un autre problème que vous souhaiteriez améliorer ?