Epidémiologie

Une mise au point sur la prévalence des dysfonctions sexuelles en France, et sur l'attitude des françaises et français face à ces problèmes sexuels.

D'après Buvat et coll, Sexual problems and associated helpseeking behavior patterns: Results of a populationbased survey in France. International Journal of Urology (2009) 16, 632638

doi: 10.1111/j4422042.2009.02316.x

Analyse par Dany Jawhari, Dijon, France.

Introduction

En Europe, de nombreuses études épidémiologiques ont été menées sur les problèmes sexuels. Cependant, la majorité de ces études concernait essentiellement les problèmes sexuels masculins et leurs facteurs de risque. Cette enquête,  extraite de la Global Study of Sexual Attitudes and Behaviour menée en 2002 avec le soutien logistique du laboratoire Pfizer, qui a interrogé 27 500 hommes et femmes de 40 à 80 ans dans 29 pays du monde entier, est l'une des premières à s'être intéressée aussi aux problèmes sexuels féminins, et aux attitudes adoptées par les hommes et les femmes visàvis de  la recherche d'aide pour résoudre leurs difficultés sexuelles. De plus, étant menée dans différents pays d'Europe avec la même méthodologie, elle permet de comparer les résultats obtenus en France avec ceux des autres pays européens classés en Europe du sud : Italie et Espagne, et Europe du Nord : Autriche, Belgique, Royaume Uni, Suède et Allemagne.

Méthodologie

1500 Français, 750 hommes et 750 femmes, âgés de 40 à 80 ans, choisis au hasard, mais représentatifs de la population générale, ont été interrogés entre 2001 et 2002 par téléphone grâce à un questionnaire élaboré pour cette étude.

Les premières questions permettaient de repérer les personnes ayant eu ou non une activité sexuelle au cours de l'année précédente, celles ayant rencontré des difficultés sexuelles pendant plus de 2 mois au cours de l'année précédente et celles sans activité sexuelle.

Les personnes ayant souffert de dysfonction sexuelle pendant au moins 2 mois ont été interrogées sur leurs attitudes face à ces difficultés : leur souhait ou non d'être aidés, de recevoir des conseils, leurs sources d'informations.

Principaux résultats

Les dysfonctions sexuelles masculines les plus fréquentes étaient, sans surprise, l'éjaculation précoce (16%) et la dysfonction érectile (15%). Treize pour cent des hommes rapportaient aussi un manque d'intérêt sexuel, 10 % une anorgasmie, 7.5 % une absence de plaisir pendant les rapports et 3.6 % des douleurs pendant les rapports.

Chez les femmes, les dysfonctions sexuelles féminines les plus évoquées étaient : le manque de désir sexuel (20,9%), l'absence de plaisir (17,8%), l'incapacité à atteindre l'orgasme (15,8%) et les difficultés de lubrification (14,3%). Près de dix pour cent rapportaient aussi une dyspareunie.

Les comportements de recherche d'aide pour ces problèmes sexuels étaient quasisimilaires chez les hommes et chez les femmes :

Parmi les personnes souffrant de troubles sexuels 32,9 % des hommes et 26, 4 % des femmes n'avaient fait aucune démarche dans le but de résoudre leurs difficultés.

Parmi ceux et celles qui avaient cherché de l'aide, un tiers seulement en avait discuté avec leur médecin. 

Cependant, dans certains types de difficultés sexuelles, la demande d'aide auprès d'un médecin semblait plus fréquente : il s'agissait essentiellement des troubles érectiles et des troubles de la lubrification vaginale.

Les autres facteurs pouvant encourager à consulter pour une difficulté sexuelle étaient le fait d'être « très insatisfaite » sur le plan sexuel pour les femmes alors que pour les hommes c'était le fait d'avoir déjà entendu leur médecin évoquer le sujet auparavant lors d'une consultation de routine et en particulier au cours des 3 dernières années : chance relative 4.68 (p < 0.01).

Les principales raisons pour lesquelles certaines personnes ne cherchaient pas d'aide pour résoudre leurs problèmes sexuels étaient : la conviction que les problèmes sexuels sont normaux avec l'âge, le fait de juger « sans importance » le problème sexuel, et aussi le fait de supposer que les dysfonctions sexuelles n'appartiennent pas au domaine médical.

Plus de femmes que d'hommes se seraient senties mal à l'aise si le sujet des problèmes sexuels avait été évoqué avec leur médecin traitant. Mais cela ne représentait un frein à la consultation que chez 13% des hommes et 10% des femmes.

Par ailleurs, seules 10% des personnes de l'enquête avaient été interrogées de façon proactive par leur médecin traitant à propos d'éventuels problèmes sexuels, tandis que 40 % d'entre elles estimaient que ce sujet devrait être régulièrement abordé par les médecins.

L'enquête montre par ailleurs quelques différences entre les réponses de cet échantillon français de 40 à 80 ans et celles des sujets du même âge habitant l'Europe du Nord ou du Sud. 

Ainsi la prévalence de l'éjaculation prématurée était un peu moins élevée en France (16 %) que dans le reste de l'Europe (respectivement 23.6 et 21.1 % dans l'Europe du Sud et l'Europe du Nord) alors que celle des troubles de l'érection était un peu plus importante qu'en Europe du Sud (15 % versus 10.8 %).Quant à la prévalence des problèmes sexuels féminins, à l'exception du problème de lubrification, elle était plus faible chez les françaises sexuellement actives que dans les pays de l'Europe du Sud (respectivement 20.9 % versus 32.4 % pour le manque d'intérêt sexuel et 15.8 % contre 27.2 % pour l'absence d'orgasme). La proportion des hommes et celle des femmes qui avaient parlé à un médecin de leur problème sexuel était 2 fois plus élevée en France (respectivement 35.1 % et 39.5 %) que dans le reste de l'Europe mais restait bien sûr minoritaire. En France les troubles de l'érection et les problèmes de lubrification étaient associés à une plus grande probabilité de recherche d'aide. Enfin, les français se sont dits moins souvent gênés de parler de sexualité à leur médecin que les hommes d'Europe du Sud.

Conclusions

En France, comme dans de nombreux pays européens, il existe un décalage entre la fréquence élevée des troubles sexuels et le faible nombre de personnes consultant pour ces troubles, alors que les personnes interrogées disent souhaiter y trouver une solution.

Cette étude rappelle aussi le rôle important des médecins traitants qui devraient, selon les souhaits des patients, s'enquérir plus souvent des questions concernant la santé sexuelle. Chez les français au moins, ce comportement médical triple la probabilité que les hommes aborderont leurs problèmes sexuels avec leur médecin lorsqu'ils s'en posera.

Enfin, aujourd'hui encore trop peu de français ont conscience que faire appel à leur médecin ou un spécialiste de la santé sexuelle pourrait résoudre leurs problèmes sexuels, que la santé sexuelle appartient au domaine médical et, enfin, qu'il existe des traitements efficaces.

Nous avons donc tous un rôle d'information à poursuivre et peutêtre même à accentuer en abordant plus systématiquement l'éventualité de troubles sexuels, sans attendre que les patients évoquent euxmêmes le sujet.