Infections Sexuellement Transmissibles

Les adolescents et le Papillomavirus : que savent-ils de l’infection et de son vaccin ?

D’après Lerais I et coll. : Enquête sur les connaissances, opinions et comportements des lycéens autour des Human Papilloma Virus (HPV), France, Alpes- Maritimes, 2009. BEH 2010 ; 11 : 97-100.

Analyse par Gilbert Bou Jaoudé, Lille, France

Les jeunes qui débutent leur vie sexuelle sont une population particulièrement exposée aux primo-infection par HPV (Human PapillomaVirus) et la vaccination contre ce virus est aujourd'hui recommandée chez les filles avant ou dans l’année qui suit le début des rapports sexuels. Mais qu’en pensent les adolescents ? Connaissent-ils cette Infection Sexuellement Transmissible (IST) ? Que savent-ils du risque cancéreux qui en découle ? Que savent-ils du vaccin ?….

C’est pour tenter d’apporter des éléments de réponses à ces interrogations et aussi pour évaluer la couverture vaccinale que la PMI des Alpes-Maritimes a récemment interrogé 508 élèves en classe de seconde :

  • l’âge moyen était de 16,3 ans et le ration garçons/filles de 0,68
  •  l’infection par HPV n’était pas considérée comme une IST par la majorité des élèves interrogés qui ignoraient également le mode de transmission de ce virus
  • et pourtant, 66 % faisait le lien entre HPV et cancer du col de l’utérus
  •  63 % connaissaient l’HPV par l’intermédiaire des médias (Internet, Télévision, magazines…) avant d’en avoir entendu parler par le médecin ou les parents
  •  70 % savaient que le vaccin pouvait protéger contre le cancer du col de l’utérus mais seulement 44,5 % connaissaient l’importance de continuer à pratiquer régulièrement les frottis cervico-utérins après la vaccination
  •  sans surprise, les filles semblaient plus concernées par le sujet : 71,2 % d’entre elle déclaraient avoir une bonne connaissance de l’HPV contre 28,8 % des garçons
  •  le carnet de vaccination a pu être vérifié chez 338 filles : seules 85 (25,1 %) avaient reçu au moins une dose de vaccin quadrivalent (qui est le vaccin recommandé)
  • l’âge moyen lors de la première dose était de 15,6 ans et une seule fille avait reçu sa première dose avant 14 ans
  •  les filles qui disaient ne pas souhaiter recevoir le vaccin expliquaient leur réticences par : la crainte des effets secondaires, le refus des parents et le manque de recul quant au vaccin
  •  enfin, il était également intéressant de noter que les filles issues de famille dont les parents exerçaient  « une profession intellectuelle supérieure » (CSP 1) étaient significativement moins vaccinée que celles dont les parents exerçaient une « profession intermédiaire » (CSP 2)

Commentaires

Cette enquête est l’une des premières à explorer les connaissances des adolescents en France sur l’HPV et son vaccin. C’est un sujet qui les concerne directement et une majorité des filles semblent s’y intéresser mais en même temps manquer d’information. En réalité, elles ont une meilleure connaissance de la vaccination et de son rôle que de l’infection et son mode de transmission.

Ces résultats sont proches de ceux de l’enquête réalisée en Grande Bretagne (1) dans la quelle 70 % des filles interrogées se disaient favorables à recevoir la vaccination et, en même temps, souhaitaient plus d’informations sur ce sujet.

Mais n’oublions pas que la vaccination contre l’HPV et les campagnes d’information qui en découlent sont récentes. Nous pouvons donc espérer une meilleure connaissance de ce sujet par les futures générations d’adolescentes. Espérons aussi que les garçons se sentiront un peu plus concernés ! Peut être que la récente approbation du Gardasilâ chez les garçons (§ Bulletin SFMS N°10 - Janvier 2010) et la découverte d'une probable implication des HPV dans les cancers bucco-pharyngés (§ Bulletin SFMS N°14 - Mai 2010) contribueront à les sensibiliser à cet égard …

Références

1 - Forster AS et coll. : Understanding adolescents’ intentions to have the HPV vaccine.Vaccine 2010 ; 28 : 1673-1676.