Infections Sexuellement Transmissibles

Y a-t-il plus de comportements sexuels à risque chez les filles vaccinées contre le Papillomavirus ?

D’après Liddon NC, Leichliter JS, Markowitz LE. Human papillomavirus vaccine and sexual behavior among adolescent and young women. Am J Prev Med. 2012 Jan;42(1):44-52.

Analyse par Gilbert Bou Jaoudé, Lille, France

L’infection par le Papillomavirus Humain (HPV) est l’infection sexuellement transmissible la plus fréquente (6,2 millions de nouvelle infection chaque année aux Etats unis). Deux types de ce virus (HPV 16 et 18) sont responsables de près de 70 % des cancers du col de l’utérus. L’infection par HPV peut également être à l’origine de condylomes faisant ainsi le lit de certains cancers de l’anus, du pénis et bucco-pharyngés. Au cours des cinq dernières années, deux vaccins ont obtenu l’approbation pour être utilisés en prévention de l’infection à HPV chez les jeunes filles : le Cervarix et le Gardasil (ce dernier ayant aussi obtenu l’approbation par la FDA chez les garçons).

Malgré le bénéfice escompté du vaccin, de nombreux parents, et médecins, y restent réticents. La crainte que la vaccination soit à l’origine de comportements sexuels à risque est parmi les causes les plus fréquemment citées pour expliquer ces réticences. En réalité, les parents craignent que leur fille interprète la vaccination comme une protection contre toutes les infections sexuellement transmissibles et en fasse ainsi un « passeport pour les rapports sexuels non protégés ». 

C’est dans l’objectif de vérifier si cette crainte est fondée ou non que cette étude a eu lieu. C’est la toute première à avoir évalué le comportement sexuel à risque chez les jeunes filles vaccinées contre l’HPV. Les données sont en réalité issues de la National Survey of Family Growth (NSFG) aux Etats Unis : en 2006 et 2007, 1243 filles âgées de 15 à 24 ans ont répondu à un questionnaire concernant leur statut vaccinal vis-à-vis de l’HPV et leurs comportements sexuels. L’analyse multivariée effectuée en 2010 révèle comme principal facteur de non vaccination contre l’HPV l’absence d’assurance maladie (les filles issues de familles ayant une bonne assurance maladie avaient plus de chances d’être vaccinées). Et surtout, les filles qui ont été vaccinées rapportent une utilisation plus fréquente du préservatif lors des rapports sexuels par rapport à celles non vaccinées. Cela s’expliquerait selon les auteurs par le fait que les filles qui se font vacciner sont celles qui sont déjà avertiesdes comportements sexuels à risque.

Commentaire

Plusieurs éléments de cette étude incitent à en interpréter les résultats avec prudence. En particulier les questionnaires ne permettaient pas toujours de savoir si la fille était sexuellement active au moment de la vaccination ou non (l’enquête ayant été réalisée après la vaccination qui est conseillée avant le début de la vie sexuelle ou dans l’année qui suit, mais ce statut n’est pas toujours précisé en particulier chez les plus jeunes des filles vaccinées) et aussi le fait que la population étudiée ne représente que les toutes premières filles ayant participé à un programme de vaccination anti HPV.

Mais même si nous ne pouvons pas conclure que les filles vaccinées ont moins de comportements sexuels à risque que celles qui n'ont pas été vaccinées, ces premières données devraient au moins apaiser certaines craintes des parents et des médecins encore réticents vis-à-vis de la vaccination par peur d’induire une prise de risque lors des rapports sexuels, en attendant les éventuelles prochaines études qui pourraient nous fournir des informations plus objectives sur ce sujet.