Maladies chroniques et sexualité

Le syndrome d’apnées du sommeil a-t-il des conséquences sur la fonction sexuelle féminine ?

D’après Subramanian S et coll, Sleep Breath Aout 2009

 Analyse par Gilbert Bou Jaoudé , Lille, France

Comme d’autres pathologies chroniques, les maladies respiratoires chroniques ont été rendues responsables d’altérations de la fonction sexuelle. Dans le premier numéro du Bulletin Electronique de la SFMS, le Dr Antoine Lemaire avait rapporté une analyse des études montrant l’augmentation de la prévalence de la Dysfonction Erectile(DE) chez les hommes présentant une BronchoPneumopathie Chronique Obstructive (BPCO). L’association la plus étudiée est cependant celle qui semble unir chez l’homme le Syndrome des Apnées du Sommeil (SAS) à la DE, et la baisse de la libido.

Peu d’études ont cependant évalué l’impact des pathologies respiratoires sur la fonction sexuelle des femmes, même en ce qui concerne les conséquences du SAS. C’est toute l’originalité de ce travail de Subramanian et coll dont l’objectif a été d’estimer la prévalence des dysfonctions sexuelles chez les femmes souffrant d’un SAS.

Méthodologie

Les auteurs ont inclus 21 femmes non ménopausées adressées pour suspicion de SAS et chez qui ce diagnostic a été confirmé par la présence de plus de 5 apnées ou hypopnées par heure de sommeil. 11 femmes non ménopausées et en bonne santé représentaient le groupe contrôle.

La fonction sexuelle et l’humeur ont été évaluées par des questionnaires spécifiques (Female Sexual Function Index (FSFI) et mood scale-Profile of Mood States)

Résultats

Parmi les femmes présentant un syndrome d’apnée du sommeil, 11 (52.4 %) avaient un score FSFI inférieur à 23 (qui correspond à  une altération significative de la fonction sexuelle) tandis que ce n’était le cas d’aucune femme dans le groupe témoin (0 %).

Aucune différence significative entre les patientes présentant des scores faibles du FSFI et celles ayant des scores normaux de FSFI n’a été trouvée en ce qui concerne les scores du questionnaire évaluant l’humeur.

Il n’a pas non plus été trouvé de corrélation entre obésité, sévérité du syndrome d’apnées du sommeil, troubles de l’humeur et scores de la fonction sexuelle.

L’analyse par domaine sexuel retrouvait cependant une corrélation significative entre l’index de perturbation respiratoire et les scores d’excitation et de plaisir sexuels.

Conclusion

Malgré le faible nombre de patientes, cette étude permet de conclure à une prévalence des dysfonctions sexuelles féminines significativement augmentée chez les patientes souffrant d’un syndrome d’apnée du sommeil, pouvant atteindre 50%.

Il serait important que des études ultérieures s’intéressent, comme cela a été fait chez l’homme, à l’éventuel bénéfice sexuel octroyé par une prise en charge spécifique du SAS. Ceci aiderait à confirmer la responsabilité des troubles de l’oxygénation dans les dysfonctions sexuelles observées chez ces femmes, et à considérer ces dysfonctions comme une indication potentielle d’oxygénothérapie nocturne en pression positive.

En tout cas, ces résultats nous montrent qu’il pourrait être utile de s’enquérir d’éventuels problèmes sexuels chez les femmes souffrant de SAS, dans la perspective de leur offrir une aide appropriée