Andrologie

Andrologie

Une nouvelle étude randomisée contre placebo confirme l’amélioration des capacités fonctionnelles chez les sujets avec insuffisance cardiaque chronique traités par la testostérone.

Analyse par Jacques Buvat, Lille, France

D’après l’article de Caminiti G et coll. J Am Coll Cardiol. 2009

Les auteurs de cet article, un groupe de cardiologues romains, ont traité 70 hommes de plus de    50 ans, présentant une insuffisance cardiaque chronique modérément sévère, et recevant par ailleurs un traitement cardiologique optimisé, par des injections de la forme à libération prolongée d’undécanoate de testostérone (NEBIDO®), ou par placebo, pendant 12 semaines. Le taux basal de testostérone  n’a pas été pris en compte dans l’indication du traitement. 30 % des patients seulement avaient un taux abaissé de testostérone totale (< 3.5 ng/ml) ou libre. Les critères d’efficacité évalués étaient la capacité maximale d’exercice (test d’exercice cardio-respiratoire), la force musculaire évaluée par un test de marche de 6 minutes et par la contraction maximale et la force isocinétique du quadriceps, la résistance à l’insuline (HOMA – IR) et la sensibilité barométrique.

Les auteurs ont observé une amélioration significative du pic de consommation d’oxygène et de la force musculaire du quadriceps sous testostérone, par comparaison au groupe placebo. En fin d’étude, les paramètres étaient corrélés aux taux circulants de testostérone obtenus par les injections. La sensibilité à l’insuline et la sensibilité baroréflexe s’améliorèrent également significativement sous testostérone par rapport au groupe placebo. Par contre il n’a pas été observé de modification significative de la fonction du ventricule gauche.

Les auteurs soulignent l’intérêt de ces résultats, tenant compte du rôle pronostique négatif des diminutions de la capacité fonctionnelle, de l’efficacité respiratoire, et de la sensibilité barométrique chez ce type de patients, tandis que la détérioration des muscles striés est à l’origine de la fatigue et de la tolérance limitée à l’effort qui caractérisent l’insuffisance cardiaque chronique.

Selon ces résultats les effets bénéfiques de la testostérone chez les insuffisants cardiaques semblent s’exercer par l’intermédiaire d’une action sur les muscles striés périphériques et le métabolisme, plutôt que par une amélioration directe de la fonction cardiovasculaire. De nombreux travaux ont montré chez l’animal que la testostérone pouvait améliorer le métabolisme par son impact musculaire, qui peut également être en cause dans l’amélioration du métabolisme et de la résistance à l’insuline objectivées dans cette étude.

On trouve dans la littérature deux autres études en faveur d’un effet bénéfique du traitement par la testostérone sur la capacité fonctionnelle des insuffisants cardiaques. L’étude pilote de Pugh et coll ne portait que sur 20 patients, traités 12 semaines, et chez qui la testostérone améliora la performance physique. L’étude de Malkin et coll dura quant à elle 12 mois, et confirma l’amélioration de la capacité fonctionnelle, et de la force musculaire. L’étude présente de Caminiti apporte cependant beaucoup plus d’informations sur les effets de la testostérone sur la performance cardiovasculaire elle-même, et particulièrement sur l’efficacité respiratoire.

Il n’a pas été observé d’effet indésirable important au cours de cette étude de courte durée. Je rappelle cependant qu’il faut se méfier de surdoser les insuffisants cardiaques en testostérone. Quelques études ont en effet objectivé un effet de rétention hydrique de cette hormone, qui pourrait alors faciliter la décompensation de l’insuffisance cardiaque. On sait aussi qu’un surdosage en testostérone peut être à l’origine d’une polyglobulie qui, de son côté, augmente le risque de thrombose.

Ces résultats amènent les auteurs à conclure que ces effets extra cardiaques de la testostérone pourraient non seulement diminuer la morbidité, mais également améliorer la performance myocardique et donc diminuer la mortalité des insuffisants cardiaques. Ceci reste à confirmer dans des essais multicentriques portant sur un nombre suffisant de patients, traités pendant une durée plus longue. Il n’y a pas pour l’instant indication à un traitement par la testostérone chez les insuffisants cardiaques, sauf s’ils présentent un authentique déficit en testostérone.

Donc à suivre, mais cet article confirme la possibilité de perspectives intéressantes pour des traitements par la testostérone à dose pharmacologique (car il ne s’agissait pas dans cette étude de compenser un déficit). Mais encore une fois, de tels traitements ne pourront pas être envisagés avant de disposer d’études de sécurité portant sur des cohortes plus importantes, suivies pendant des périodes plus prolongées.