Andrologie

L’exercice physique permet de maintenir une activité sexuelle chez les patients traités par privation androgénique pour cancer de la prostate

Brève de Gilbert Bou Jaoudé, Lille, France

d’après l'article de Cormie P, Newton RU, Taaffe DR, Spry N, Joseph D, Akhlil Hamid M, Galvão DA. Exercise maintains sexual activity in men undergoing androgen suppression for prostate cancer: a randomized controlled trial. Prostate Cancer and Prostatic Diseases , publication en ligne du 15 Jan 2013 | doi:10.1038/pcan.2012.52

Le traitement hormonal (privation androgénique) du cancer de la prostate est responsable de différents effets secondaires. Les plus importants en terme de morbidité sont le syndrome métabolique et l’ostéoporose. Mais non pouvons également citer l’anémie, la fonte musculaire, les troubles cognitifs etc. Cependant, ce sont les effets secondaires sexuels qui sont les plus rapidement ressentis et signalés par les patients avec parfois des conséquences importantes sur leur qualité de vie, leur équilibre psychologique et celui de leur couple.

Plusieurs études ont déjà rapporté le rôle non négligeable de l’ activité physique régulière dans la lutte contre les effets secondaires métaboliques, musculaires et osseux du traitement de privation hormonale. Mais l’impact de cette activité physique sur les effets secondaires sexuels de ce traitement est moins connu.

L’étude

Les auteurs de cette étude ont sélectionné 57 patients à qui un traitement hormonal par privation androgénique a été proposé et ils les ont randomisés en deux groupes : un groupe participant à un programme d’exercices physiques en plus des soins médicaux habituels (n = 29), incluant des exercices de résistance musculaire et d’endurance aérobie, et un groupe témoin ( n = 28) recevant les soins médicaux habituels sans le programme d’exercices physiques. Leur activité sexuelle a été évaluée avant l’introduction du traitement hormonal et après 12 semaines de ce traitement, par le questionnaire EORTC QLQ-PR25 ( the European Organization for Research and Treatment of Cancer prostate cancer-specific quality of life questionnaire)

Résultats

L’activité sexuelle , identique dans les deux groupes avant l’introduction du traitement hormonal, était significativement différente entre ces deux groupes après 12 semaines de traitement ( p = 0,045) : les patients du groupe témoin rapportant une diminution de leur activité sexuelle tandis que les patients inclus dans le programme d’exercice physique avaient plutôt tendance à conserver leur niveau d’activité sexuelle.

Cette différence entre les deux groupes était particulièrement significative en ce qui concerne le désir sexuel. En effet, avant le traitement hormonal 20,6 % des patients du groupe exercice physique et 22,2 % des patients du groupe contrôle rapportaient un « intérêt majeur pour le sexe » tandis qu’après les 12 semaines de traitement ce taux passait à 17 % et 0 % respectivement.

Commentaire

Même si les résultats de cette étude méritent d’être confirmés à plus large échelle, ils apportent un argument supplémentaire pour continuer à encourager les patients traités pour un cancer de prostate, et en particulier ceux sous traitement hormonal, à conserver ou développer une activité physique régulière. Cette activité physique aura un impact positif sur les éventuels effets secondaires du traitement hormonal, y compris sur le plan sexuel.

De plus, en contribuant à conserver un désir sexuel suffisant, on peut espérer que l’activité physique contribuera aussi à une meilleure efficacité des IPDE5 fréquemment prescrits pour la Dysfonction Erectile fréquente chez ces patients.