Andrologie

Pas d’intérêt significatif au traitement par la déhydroépiandrosterone (DHEA) chez l’homme vieillissant

Brève par Jacques BUVAT, Lille, France.

A partir de l’article de Corona G, Rastrelli G, Giagulli A, Sila A, Sforza A, Forti G, Mannucci E, et Maggi M. Dehydroepiandrosterone supplementation in elderly man : a meta-analysis study of placebo control trials. J. Clin Endocrinol  Metab 2013;98:3615-3626

La DHEA est un stéroïde principalement secrété par les glandes surrénales, et longtemps considéré comme une pro-hormone ne pouvant exercer d’impact endocrinien qu'après transformation en testostérone ou estradiol dans le foie ou dans différents tissus cibles périphériques, mais pas directement. On a toutefois récemment objectivé depuis quelques années des structures membranaires pouvant correspondre à des récepteurs à ce stéroïde au niveau de cellules des parois vasculaires, supportant la possibilité d'un impact hormonal direct au niveau vasculaire.

La sécrétion de DHEA diminue avec l’âge, dés avant celui de 40 ans, et un grand nombre d'études épidémiologiques ont été consacrées à l'évaluation de l'impact potentiel de cette diminution. On l'a trouvée corrélée à un grand nombre de maladies dont la plupart liées à l'âge, et particulièrement à la maladie vasculaire. Ces constatations ont conduit à présenter la DHEA comme  « l’hormone de jouvence », et sont à l’origine d’une très importante consommation de DHEA vendue « sous le comptoir », sans contrôle pharmaceutique ni médical, particulièrement aux Etats-Unis. L’intérêt de son administration est cependant très controversé, et l’équipe du Pr Maggi a voulu faire le point de ses éventuels bénéfices en menant une méta analyse des essais cliniques d’administration de DHEA randomisés contre placebo qui ont été réalisés chez des hommes âgés. Les résultats viennent d'en être publiés dans le prestigieux Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism.

Les auteurs ont pu inclure 25 essais contre placebo dont la durée moyenne était de 36 semaines. Le seul effet bénéfique significatif objectivé par leur méta-analyse a été une diminution minime mais statistiquement significative de la masse grasse, disparaissant après ajustement des données pour l’augmentation de la testostérone et de l’estradiol qui fait suite à l’administration de DHEA, dont ces deux hormones sont les métabolites. Cette constatation montre que l'effet bénéfique de la DHEA sur la masse grasse ne résulte pas d'un effet direct, mais d'un effet indirect via ces métabolites. Des bénéfices potentiels indirects de cette diminution de la masse grasse paraissaient improbables tant cette diminution paraissait modeste. Par contre aucun effet significatif n’a été prouvé, par comparaison à l’administration de placebo, en ce qui concerne chacun des nombreux autres paramètres cliniques évalués, comme les métabolismes glucidique et lipidique, la santé osseuse, la fonction sexuelle, ni la qualité de vie.

Cette méta-analyse confirme donc que, dans l’état actuel des connaissances, l’administration de DHEA n’a pas d'effet réellement significatif chez l’homme vieillissant, et il faut bien réaliser que si cette pro-hormone est transformée en testostérone dans l'organisme, la quantité de testostérone produite à partir de la DHEA est chez l'homme infime en comparaison de sa production testiculaire, même éventuellement affaiblie par l'âge.