Ejaculation

Changer de style de vie peut-il réellement améliorer les problèmes d’érection ?

D’après l’article de K. Esposito et coll, J Sex Med 2009

Analyse par le Pr MS Issad, Alger, Algérie

Il est admis que la dysfonction érectile (DE) est une cause importante d’altération de la qualité de la vie chez les hommes et que sa prévalence augmente avec l’âge,  Chez des sujets âgés de 40 à 49 ans, la prévalence d’une DE sévère se situerait à 5 % et celle d’une DE modérée à 17 %, alors qu’entre 70 et 79 ans elle atteindrait respectivement 15 et 34 % des individus pour des degrés correspondants.

Cependant l’âge n’est pas le seul déterminant : on identifie ainsi de nombreuses causes qui permettraient d’améliorer la qualité de la vie, l’estime de soi et la capacité à maintenir des relations intimes dans le couple, telles que l’activité physique et la perte de poids, qui seraient associées à une bonne fonction érectile, tandis que les sujets avec un Index de Masse Corporelle (IMC) supérieur à 28.7 auraient un risque accru de 30 % d’avoir une dysfonction érectile comme l’a montré l’étude HPFS (Health Professional Follow in Study) .

Mais, les données disponibles prouvant que la correction des facteurs de risque tels que la perte de poids, l’exercice physique, l’arrêt du tabac, constituants du mode de vie, et cela indépendamment de la prescription de médicaments, pourraient  améliorer la DE, ne sont pas nombreuses.

Esposito et coll. ont mené une étude afin d’évaluer avec plus de détails les effets d’un programme intensif de changement du mode de vie destiné à améliorer la fonction érectile chez les sujets ayant une DE ou un risque accru d’en avoir une.

La population étudiée a été sélectionnée à partir d’une base de données du Département des Maladies Métaboliques et Génétiques de l’Université de   Naples 2 en Italie, chez des sujets participant à des essais contrôlés randomisés évaluant l’effet des changements de mode de vie : 209 hommes ont été enrôlés dans cette étude, à condition de satisfaire aux critères d’inclusion suivants : avoir un IMC ≥ 25 kg/m² avec ou sans syndrome métabolique, avoir bénéficié d’une évaluation de leur fonction érectile au départ et avoir poursuivi l’étude jusqu’à son terme. Ces sujets étaient en moyenne âgés de 45 ans, leur IMC moyen était à 31.5 kg/m², leur tour de taille à 102 cm et leur glycémie à 111 mg/l. Un tabagisme, une hypertension artérielle, une obésité, un syndrome métabolique pouvaient leur être associés à des degrés différents.

Deux groupes ont été constitués par tirage au sort : 104 sujets du premier groupe étaient soumis à un programme d’intervention « musclé » : ils recevaient des conseils détaillés sur la manière de réduire leur poids, améliorer leur régime diététique et augmenter leur activité physique. Le groupe témoin de 105 sujets ne recevait que des informations très générales sur la manière de choisir des aliments sains et des orientations générales pour accroître le niveau de leur activité physique.

Les objectifs du programme d’intervention des sujets du premier groupe étaient d’obtenir une perte de poids de 5 % ou plus, une réduction des graisses saturées, une augmentation de la consommation des fibres alimentaires d’au moins 15 g pour 1000 calories et un exercice modéré de 30 minutes par jour, cinq jours par semaine. D’autres modes d’interventions tels que des conseils psychologiques et alimentaires leur étaient fournis et leur suivi comportait des contrôles trimestriels.

La fonction érectile fut évaluée à l’aide du questionnaire International Index of Erectile Function - 5 (IIEF - 5), utilisant consécutivement les items 5, 15, 4, 2 et 7 de l’échelle complète IIEF-15. Un score de 21 ou moins témoignait de son altération. Il était ainsi possible  d’évaluer le degré de restauration de la fonction érectile lorsque les changements du mode de vie avaient été atteints.

Le score de la fonction érectile s’est amélioré dans le groupe intervention. Au départ, 35 sujets du groupe intervention et 38 sujets du groupe témoin avaient une fonction érectile normale (34 % et 36 % respectivement). Au terme de deux années de suivi, ces chiffres étaient de 58 sujets dans le  groupe d’intervention, et 40 sujets dans le  groupe témoin, soit respectivement 56 % et 38 %, p = 0.015.

Les auteurs considèrent qu’il existait une forte corrélation entre un bon score de réussite de la modification du mode de vie et la restauration de la fonction érectile. Ils ont conclu que la perte de poids et l’accroissement de l’activité physique en étaient les garants.

Commentaires

Il est bien connu que les conseils donnés aux patients sur la manière d’améliorer leur style de vie sont souvent prodigués en fin de consultation et  ne font pas partie d’une consultation spécifique d’éducation du malade en vue de stimuler ses capacités à changer ses habitudes ; autrement dit, il est difficile de transposer dans la vraie vie un tel programme d’intervention qui nécessite un engagement très soutenu de l’équipe soignante et un contrôle rigoureux du suivi. Par ailleurs, la période de vie choisie est celle de 40 à 49 ans : au-delà, serait il trop tard car l’altération de la fonction endothéliale deviendrait irréversible et les altérations lésionnelles établies ? La question reste posée.

Par ailleurs, on ne peut ignorer l’effet bénéfique de différentes classes de médicaments tels que les iPDE5, les statines ou les inhibiteurs du système rénine angiotensine, notamment lorsqu’une hypertension  artérielle est associée. Une table ronde intitulée « Sexual well-being : Pharmacological pharmacy vs healthy life style » leur a été consacrée à ce sujet au cours du « 12 Congress of the European Society for Sexual Medicine » qui s’est tenu à Lyon au cours du mois de novembre 2009. Différents orateurs ont souligné, par exemple, l’action bénéfique des statines qui, outre leur effet hypolipémiant, auraient un effet pléiotrope capable d’agir sur la fonction érectile, et l’intérêt de certains médicaments antihypertenseurs tels les antagonistes de l’angiotensine II dans ce domaine, versus l’augmentation de l’activité physique.

Quoiqu’il en soit, le travail remarquable de l’équipe de Naples mérite d’être souligné et d’être conforté par d’autres études. C’est là encore une occasion de nous inciter à attacher une attention accrue à convaincre nos patients du bien fondé d’une vie plus saine.