Ejaculation

Une étude en double insu contre placebo des effets de l’Undecanoate de testostérone par voie orale, et de la déhydroépiandrostérone (DHEA) chez des hommes avec dysfonction sexuelle et déficit androgénique.

Analysé par Jacques Buvat, Lille, France

D’après l’article de A. Morales et Coll, Aging Male - décembre 2009

On trouve souvent un Déficit en Testostérone (DT) chez les hommes qui consultent pour dysfonction érectile (DE). La majorité des auteurs recommandent de commencer alors le traitement de la DE par de la Testostérone, quoique quelque uns recommandent d’essayer d’abord les inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5 (IPDE 5) ou une association Testostérone – IPDE 5. Les résultats du traitement par la Testostérone seule sont cependant controversés. Si la Testostérone est indubitablement efficace chez les sujets jeunes, qui présentent un hypogonadisme primaire, les résultats sont beaucoup plus mitigés en cas d’hypogonadisme secondaire, particulièrement lorsqu’il survient après l’âge de 40 ans, correspondant au classique « Late Onset Hypogonadism » des auteurs anglo-saxons. On trouve aussi dans la littérature des études qui rapportent un déficit en déhydroépiandrostérone (DHEA) chez les sujets qui consultent pour DE, et une étude de traitement par la DHEA en double insu contre placebo prétend avoir obtenu une amélioration significative sous la seule DHEA ; encore que les données publiées dans l’article correspondant soient insuffisantes pour juger de la réalité de l’avantage prétendument « significatif » de la DHEA sur le placebo.

Dans l’étude présente, Alvaro Morales et quelques collègues Canadiens ont testé les intérêts respectifs des traitements par la forme orale de l’Undecanoate de Testostérone (UT) et par la DHEA, tous deux comparés à un placebo, chez 86 hommes de 45 à 70 ans avec dysfonction sexuelle (dysfonction érectile selon un score inférieur à 25 à l’IIEF 15, ou désir sexuel hypo actif) et taux faible de Testostérone Totale (inférieure à 3.5 ng/ml ou 12 nmol/l) et de sulfate de DHEA (DHAS, inférieur à 3.5 µmol/l).

La dose de l’UT était de 80 mg (2 capsules) deux fois par jour, et celle de DHEA de 50 mg deux fois par jour, et l’essai, qui dura 16 semaines après 1 mois de run in, impliqua 4 centres différents. Les résultats furent évalués à l’aide de IIEF, du test ADAM, de l’échelle  Aging Male Symptoms (AMS), et d’une question d’évaluation globale. Il était recommandé aux patients de prendre leur médicament au cours du repas, pour éviter les problèmes d’absorption propres à l’UT oral.

79 hommes ont terminé l’étude. Aucune différence significative n’a été observée au niveau d’aucun des questionnaires d’évaluation en ce qui concerne l’intérêt sexuel ou la fonction érectile. Les taux de DHEA augmentèrent de façon significative dans le groupe DHEA. Par contre les taux de Testostérone n’augmentèrent que de façon minime, et non statistiquement significative, dans le groupe UT.

L’absence de signification statistique des différences entre résultats des différents traitements aurait théoriquement pu s’expliquer par le faible nombre de patients (23 à 28 par groupe). Mais en fait l’examen détaillé des résultats montre que le niveau des différents paramètres mesuré au terme des 4 mois de traitement était quasiment identique à celui de départ dans chacun des groupes.

L’absence d’amélioration sous DHEA n’étonne pas : aucune des rares études avec groupe témoin qui ont été consacrées à l’administration de ce stéroïde n’a trouvé d’effet bénéfique significatif chez l’homme, quel que soit le paramètre étudié. C’était particulièrement le cas de l’étude de Baulieu et coll, qui avait porté sur un an. Par contre un bénéfice significatif modéré avait été observé au-delà de 6 mois de traitement chez les femmes de 70 ans et plus qui avaient été incluses dans cette étude.

Les auteurs soulignent dans la discussion que plusieurs autres études en double insu contre placebo récentes n’ont pas trouvé non plus d’amélioration des paramètres sexuels sous administration orale d’ UT (Emmelot-vonk et coll 2008, Legros et coll 2009). La plupart des quelques études ayant rapporté un bénéfice significatif de l’UT oral  sur des paramètres sexuels étaient des études ouvertes, par conséquent de validité scientifique limitée. Ceci suggère que l’UT n’est pas un androgène suffisamment puissant pour améliorer la fonction sexuelle des hommes avec DT. Par contre d’autres études en double insu contre placebo ont montré qu’il pouvait, à long terme, exercer des effets bénéfiques sur la composition corporelle et la densité minérale osseuse.

Le fait que l’UT n’ait pas amélioré dans cette étude la fonction sexuelle des hommes avec DT n’exclut pas que d’autres formulations de testostérone, plus à même d’augmenter les taux circulants de cette hormone, puisse avoir des effets plus significatifs. Une étude comparant les effets de l’Undecanoate de Testostérone cette fois sous forme injectable à libération prolongée aux effets d’un gel de Testostérone a montré des taux d’amélioration sexuelle nettement plus importants sous la première préparation, peut-être parce qu’elle induisait également des taux circulants de Testostérone nettement plus élevés que le gel.

Cet article permet donc de conclure qu’il est inutile d’utiliser la DHEA comme traitement des DE, même avec taux abaissé de SDHEA, et que la forme orale d’UT ne parait pas adaptée au traitement du DT lorsqu’on vise principalement une amélioration de ces symptômes sexuels.