Histoire de la Sexologie

Histoire d’un plombier devenu psychiatre

Ronald Virag, Paris, France

Ce texte aux allures de conte est une commande (du bulletin de la SFMS) et une réponse à une interrogation récurrente émanent de nombreuses personnes, dans et en dehors du monde médical: Comment un chirurgien s’occupant du cœur et des vaisseaux a-t-il pu verser dans la sexologie ? Comme si cette dernière était une sous spécialité mineure, elle qui occupe le champ d’une fonction majeure dans l’étude de l’économie humaine. J’ai esquivé la réponse d’une boutade : « J’ai commencé plombier et je termine psychiatre ». La première fois que j’ai utilisé cette formule lapidaire, c’était lors de la séance francophone organisée par Jacques Buvat du congrès de l’ESSM à Lyon. Elle est revenue dans mes propos récemment à deux reprises lors d’un entretien avec le romancier Arthur Dreyfus qui m’avait invité à l’émission « Encore heureux » qu’il anime sur France Inter (écouter l'entretien) et à Dubaï lors d’une conférence donnée dans le cadre de la section moyen-orientale (MESSM) de l’ISSM (à paraître dans leur bulletin). Ce genre de formule vient sur la langue ou dans les mots spontanément sans travail conscient de réflexion, tout en exprimant de façon explosive la lente maturation de la pensée affranchie de tout frein. Enfant, dans le salon de l’ appartement que nous occupions rue du Laos à Paris, j’ai été fasciné par un petit tableau d’époque Renaissance représentant de trois quart un noble empanaché et qui portait, calligraphiée en bas à droite en vieux français cette formule qui m’a sans doute toujours suivi : « Roi ne puis, Prince ne daigne, Rohan suis. ».

On n’a jamais le pouvoir que l’on souhaite, on a du mal à être le vassal de qui que ce soit et finalement on se contente d’être le plus proche possible de ses racines et de ce que vos géniteurs espéraient de vous. Merci cher Alexandre Gilbert de cette commande un peu incongrue…mais qui rejoint les réflexions quotidiennes d’un homme qui a la chance d’avoir encore la liberté de s’exprimer après trois quart de siècle d’existence. J’ai appris en relisant le très beau roman de Garcia Marquez, Mémoire de mes putains tristes, que Jules César aurait dit « Il est impossible de ne pas finir par être tel que les autres sous voient ». Alors je dédie à tous ce récit d’une aventure avec la sexologie qui se prolonge depuis presque quarante années.

Prémisses : Le « Baise-Maker »

1963. Je viens d’être collé de peu à mon deuxième concours d’Internat à Paris. Il faut se souvenir qu’à cette époque c’était un Concours sélectif organisé par l’Assistance Publique : 250 places pour 4 ou 5000 candidats. Les trois quart sont éliminés à l’écrit, les survivants passent un oral terriblement stressant devant des patrons qui privilégient leurs élèves ou ceux recommandés par leurs pairs. Cette année là je suis admissible et gâterie suprême collé à l’oral. Parmi les mieux notés des battus, je suis admis a exercer en tant qu’interne provisoire. J’ai la fonction mais pas le titre (ce sera pour l’année suivante). Cette année va être déterminante pour un choix essentiel : médecine ou chirurgie ? J’hésite. A Laënnec où j’effectue mon année d’Internat provisoire dans un service d’endocrinologie, j’ai découvert avec le monde des hormones le fonctionnement interne des individus et leurs mystères encore à découvrir. Un jour, un géant de la médecine, Hans Selye, est venu nous faire une conférence sur le stress : c’était son découvreur et concepteur, un canadien d’origine Hongroise, comme je l’étais moi-même. Je pus lui parler et dès lors je penchai plutôt vers la Médecine. Cependant, je côtoyais en salle de garde les internes en chirurgie qui plus est ceux de chirurgie cardiaque : la spécialité qui se développait et dont j’avais entrevu le côté vasculaire avec Jean Natali, lors de mon stage d’externat en chirurgie. Parmi eux, il y avait mon conférencier d’INTERNAT Jean Yves Neveux qui devint le premier patron du nouveau Marie Lannelongue et Eric Hazan qui abandonna par la suite la chirurgie pour reprendre la maison d’édition familiale. Ils m’emmenèrent souvent en salle d’op et firent basculer mon choix vers la chirurgie cardio-vasculaire, ce d’autant mieux que dans ce service j’assurai mes premières gardes de réanimation. Se battre pour maintenir en vie les fragiles opérés, souvent des enfants, hâta ma décision de devenir chirurgien et de me spécialiser en cardio-vasculaire. Mais je garderais toujours la teinture médicale acquise durant cette année de découvertes et de rencontres. La technique chirurgicale m’a toujours moins intéressée que la physiologie et j’ai toujours eu en arrière plan l’envie de comprendre les mécanismes du fonctionnement qu’ils fussent organiques ou psychologiques. Je devais retrouver les travaux de Selye bien plus tard quand, après la découverte de l’effet de la papavérine intracaverneuse, j’eus à mieux comprendre les mécanismes physiopathologiques de la dysfonction érectile. A cette époque rien encore ne m’orientait vers la sexologie si ce n’est une facétie de carabin et un spectacle de salle de garde. Il était de tradition que les nouveaux internes, fraîchement nommés répètent lors de l’une de ces soirées mémorables dites « améliorées » leur oral du concours sous une forme imposée par leurs pairs plus chevronnés. et bien sûr humoristique, souvent sexuelle, quand elle n’était pas scatologique. Neveu et Hazan me firent traiter un sujet qui se révéla hautement prémonitoire : Le baise-maker ! Cela détournait évidemment le sujet médical à la mode et qui constituait le pain quotidien des internes en chirurgie cardiaque de l’époque : le pace-maker. Je n’ai pas conservé le texte de mon intervention qui était en alexandrins…Ni eux ni moi avons pensé un seul instant que cela préfigurait stricto sensu ce que je suis devenu…une sorte de créateur d’érections. Ne pas oublier que l'injection intracaverneuse est créatrice d'erection alors que les iPDE5 ne sont que facilitateurs.

A suivre …

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la fleur du papaver somniferum dont est extraite la papavérine
Le logo de mon centre : la fleur du papaver somniferum dont est extraite la papavérine

Hans Selye
Hans Selye (1907-1982)

et son best seller vulgarisateur
de la théorie du Stress

Jean Natali

Jean Nataliavec qui je partage aujourd’hui,  après avoir été son externe,  les séances de l’Académie Nationale de Chirurgie.

Jean Yves Neveux

Jean Yves Neveux fut mon conférencier d’Internat.