Histoire de la Sexologie

Histoire d’un plombier devenu psychiatre - Episode 3

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  • Ronald Virag, Paris, France

    Le Jour de la première injection intracaverneuse En 1978 notre petite équipe continuait à construire une approche pluridisciplinaire des troubles
    de l'érection. Différencier l'organique du psychologique était d'autant plus fondamental que les seules solutions offertes aux "organiques" étaient chirurgicales: implants semi rigides ou le tout nouvel implant hydraulique proposé par Frank Branley Scott, et les interventions vasculaires balbutiantes. La certitude de la prédominance du caractère organique d'une DE était apportée par une technique complexe, la plethysmographie des érections nocturnes.
    A Houston Texas, un laboratoire d'études du sommeil avait développé la technique pour les patients de Scott. J’y fis un stage pour installer notre propre structure à Paris. C’était alors le gold standard pour démontrer l’organicité d’une DE.


    Ronald Virag & Gorm Wagner

    Le monde sexologique demeurait extrêmement sceptique voir hostile, tout comme ma famille vasculaire...C'est un urologue italo américain, Adrian Zorgniotti (photo 2) qui, ayant eu connaissance des travaux de Michal comprit tout l’intérêt de la nouvelle approche réunit les pionniers à New York en une conférence sur la revascularisation des corps caverneux.: Vingt cinq à trente personnes présentèrent leur approche: Michal avec une intervention directe sur
    l’artère dorsale de la verge, moi avec l’artérialisation. Un élément marquant fut notre rencontre avec un chercheur danois, pionnier de la sexologie Gorm Wagner (photo 3). On le retrouvera plus tard. Ce qui fut validé fut l’importance de l’érection artificielle et aussi l’importance du retour veineux dont j’étais le supporter le plus fervent, soutenu par des américains dont A.B Goldstein et également les Danois. Ceux ci avaient objectivé et guéri des fuites caverno-spongieuses (au niveau du gland). Le plus saillant fut la sensibilisation du continent Nord Américain à notre approche vasculaire. Avec Michal et Wagner nous fumes invités à la célèbre Mayo Clinic pour montrer les nouvelles techniques d’investigation et de traitement de la DE; mais aussi se familiariser en ce qui me concerne avec les implants péniens.

    Ou un incident opératoire provoque une révolution thérapeutique

    Les deux années suivantes furent consacrées à parfaire les techniques d’investigation (Doppler et Erection artificielle), les indications opératoires et la technique chirurgicale. L’ami Bouilly (photo 4 vous l’avez...) m’avait rejoint. Nous avions aussi constaté qu’un certain nombre de patients qui n’avaient pas de fuite veineuse mais des atteintes artérielles plus ou moins marquées déclaraient une amélioration nette de leurs érections après une séance d’érection
    artificielle. On proposa alors à certains d’entre eux de répéter ces séances d’érection artificielle au cours desquelles on injectait, à l’aide d’une pompe dédiée, du sérum physiologique. Or, en 1980, lors de la 2° Conférence Internationale à Monaco, Michal rapporta le même phénomène. Il se passait sans doute quelque chose à l’intérieur des Corps Caverneux en rapport avec l’augmentation de l’arrivée sanguine provoquée par la perfusion. Un élève de Wagner, Bent Ottosen avait suggéré que le VIP (vaso intestinal polypeptide) pouvait être le neurotransmetteur induisant l’érection. Pour le démontrer il fallait le doser dans le sang local. Wagner vint à Paris pour recueillir sur nos patients le sang caverneux produit lors de l’érection artificielle. C’est à
    cette période, début 1981, que se produisit en salle d’opération l’incident mémorable qui révolutionna notre petite tribu puis le monde urologique et sexologique. Une double circonstance l’autorisa. J’étais parti pour réaliser une artérialisation de la veine dorsale ce qui fut impossible vu l'exiguïté du vaisseau. L’artère épigastrique avait été préparée pour ce faire et se révélait donc disponible. Sous le microscope opératoire, les artères dorsales étaient trop calcifiées pour réaliser l’intervention dite Michal II. Il fallait tout de même tenter quelque chose chez le solide normand de 52 ans totalement impuissant qui s’était endormi avec confiance. Je décidais donc de me rabattre, malgré ses aléas sur l'anastomose directe dans l’un des corps caverneux. Quelques points de prolène 7/0 et ce fut fait! On lâche le petit clamp vasculaire pour autoriser le sang à passer mais l’artère s’est spasmée. Ce coup là on le connaissait mais habituellement il se produisait avant que l’on confectionne l’anastomose et on remédiait à la vasoconstriction en injectant de la papavérine en rétrograde dans l’artère sectionnée. Cette fois là, on injecta la “papa” avec une très fine aiguille dans l’origine de l’artère déja branchée sur le corps caverneux. Pour être sûrement efficace, je fis bonne mesure en injectant deux ampoules de 40mg. L’artère bat à nouveau intensément et en quelques instants une somptueuse érection se produit. Un peu en retard sur le programme opératoire du jour et assuré du résultat j’entrepris de fermer rapidement la plaie. Cependant l’érection provoquée ne disparaissait pas. Je décidais de clamper temporairement l’artère épigastrique ce qui suffisait habituellement à faire céder le phénomène. Dans le cas précis la rigidité persista près de deux heures avant de décroître lentement sur un malade que l’on avait gardé tout ce temps anesthésié. C’était une galère de plus avec cette intervention qui nous en avait fait voir d’autres
    précédemment pensais je sur le coup…

    L’usage de la papavérine en chirurgie vasculaire étant habituel, ce n’est que plus tard en me refaisant le film, que je m’avisai que la papavérine avait été massivement envoyée dans les corps caverneux. Le rapprochement avec ce que nous obtenions avec l’érection artificielle s’imposa naturellement. La papavérine était connue pour ses propriétés vasodilatatrices. C’était même un étalon au laboratoire pour tester d’autres substances. Mais il fallait valider l’hypothèse que je m’étais formulée. A l’insu de tous, un matin froid suivant de peu l’incident je me suis injecté le contenu d’une ampoule de 1ml soit 40mg de chlorydrate de papavérine. Erection complète en une dizaine de minutes et d’une durée de plus d’une heure !
    Tout à coup tout fut transformé mais progressivement. L’étude doppler continu des artères péniennes devint possibles, l’artériographie des artères honteuses fut facilitée et la papavérine fut introduite dans les protocoles de perfusion thérapeutique. Et il fut désormais facile de recueillir du sang pour les recherches, en particulier sur le VIP. Et puis quelques patients commencèrent à utiliser la “papa” pour déclencher des érections. Mais je restai très prudent
    et les couples devaient demeurer proche de la clinique en cas de déclenchement d’une érection prolongée. Nom de code de ce protocole initial: “papa-hôtel”...Arriva le 3° Congrès de revascularisation à Cophenhague organisé par Wagner où je rapportais nos premiers résultats avec les perfusions de papavérine et sérum. Le reste restait secret. Gorm, c’est son prénom m’obligea littéralement de ne pas quitter la petite sirène avant de rédiger la fameuse lettre du Lancet (photo 5) que sa fille mit en bon anglais…Fait rare, elle parut quinze jours plus tard. Le reste est connu. Dans le domaine de la DE plus rien ne fut pareil…

    à suivre...

    Dont forget to attend Dr Virag’s lecture in Copenhaguen : The history of Intracavernous Injections Past Present Future


    Publié en 1985 Le livre contient toute l’expérience initiale des IIC