Paraphilies

A propos de la zoophilie et de sa possible association avec le cancer de la verge

Analyse par Patrice Cudicio, Rennes, France

De l'article de Zequi SD, Guimarães GC, da Fonseca FP, Ferreira U, de Matheus WE, Reis LO, Aita GA, Glina S, Fanni VS, Perez MD, Guidoni LR, Ortiz V, Nogueira L, de Almeida Rocha LC, Cuck G, da Costa WH, Moniz RR, Dantas Jr JH, Soares FA, Lopes A. Sex with Animals (SWA): Behavioral Characteristics and Possible Association with Penile Cancer. A Multicenter Study. J Sex Med. 2011 Oct 24. doi: 10.1111/j.1743-6109.2011.02512.x. [Publication en ligne en avance d'impression]

Introduction:  La zoophilie est connue depuis longtemps, peu décrite dans la littérature médicale, elle est communément considérée comme un facteur de risque de maladies uro-génitales humaines.

Objet de l’étude: Il s’agit d’évaluer les caractéristiques comportementales de la zoophilie et de son association avec le cancer de la verge dans une étude de cas.

Méthode: Un questionnaire sur les habitudes personnelles et sexuelles a été rempli lors d’entretiens avec 118 patients atteints de cancer de la verge et 374 hommes en bonne santé (groupe témoin) recrutés entre 2009 et 2010 dans des centres d’Urologie et d'Oncologie Brésiliens

Principales mesures effectuées: pourcentage de pratique zoophile, distribution géographique, durée, fréquence, animaux impliqués, pratiques sexuelles ont été évalués et analysés afin d’estimer l’odd ratio de la zoophilie comme facteur de risque du cancer de la verge.


Tigre humanophile

Résultats: La pratique de la zoophilie a été rapportée par 171 (34,8%) des sujets, 44,9% des patients atteints d’un K de la verge et 31,6 % du groupe témoin (P< 0,008). Les moyennes d’âge au début et lors du dernier rapport zoophile  étaient de respectivement 13, 5 ans (écart type de 4,4 ans) et de 17, 1 ans (écart type de 5, 3 ans). Les sujets à pratique zoophile rapportaient également la survenue d’Infections Sexuellement Transmises (IST) (p < 0,001) et des relations sexuelles avec des prostituées (P< 0,001); ils avaient plus tendance à avoir eu plus de 10 partenaires au cours de leur vie sexuelle (p < 0,001) que ceux sans pratique zoophile. La pratique zoophile en groupe d’hommes  a été retrouvée chez 29,8% des sujets alors que cette même pratique était solitaire chez 70,2% des sujets. Plusieurs animaux étaient utilisés par 62% des sujets alors que 38% utilisaient toujours le même animal.

En ce qui concerne la fréquence, il a été retrouvé un seul épisode de pratique zoophile chez 14% des sujets alors que 39,5% avaient des rapports hebdomadaires ou plus et 15% mensuels. Une analyse, sur une variable, a identifié le phimosis, des lésions pré cancéreuses, le tabac, le fait d'appartenir à une ethnie de couleur, des rapports sexuels avec des prostituées et la pratique zoophile comme facteurs de risque du cancer de la verge. Le phimosis, des lésions précancéreuses, le tabac et les pratiques zoophiles demeurent des facteurs de risques significatifs dans des analyses multivariées. Néanmoins la zoophilie n’a pas influencée l’évolution pathologique des cancers de la verge.

Conclusion: La zoophilie représente un facteur de risque de cancer de la verge et peut être associés à sa survenue . De nouvelles études sont nécessaires dans d’autres populations afin d’évaluer d’autres liens nosologiques possibles avec la zoophilie.

Commentaires: Bien qu’elle ne concerne qu’une population rurale brésilienne d’hommes décrits comme frustres, cette étude sur la relation entre la zoophilie et la survenue de cancers de la verge est fort intéressante et originale. En effet, peu d’études ont été consacrées à la zoophilie et à ses conséquences  sur la santé comme la survenue d’IST et de cancers de la verge. Dans cette étude, la zoophilie est pratiquée au cours de l’adolescence entre 13 et 17 ans, sans doute plus de manière compensatoire et opportuniste que véritablement désirée, car cessant lorsqu’il est possible d’avoir une ou un partenaire sexuelle bien que l’orientation sexuelle n’ait pas été évaluée lors de l’entretien. Il serait intéressant comme cela est évoqué dans ce même article, de réaliser la même étude auprès d’autres populations masculines et féminines où la zoophilie est associée à la pornographie et d’en comparer les résultats.

En ce qui concerne les résultats, il est difficile d’affirmer que la zoophilie est la seule responsable de survenue de cancers de la verge car il existe d’autres variables, mais cette étude semble montrer qu’elle en augmente la prévalence.

Dr Patrice CUDICIO