Cabinet des Curiosités - Mesdames, prenez garde : votre démarche pourrait trahir vos capacités orgasmiques !

Psychologie

Faire vivre le désir sexuel dans ses relations intimes : l’importance des buts d’approche.

(Impett et coll, J Personal Soc Psychol 2008)

Analyse par Dr Jacques Buvat, Lille, France

Cet article original est l’œuvre conjointe de plusieurs universités californiennes. Il présente les résultats de trois études ayant testé l’hypothèse que des buts relationnels d’approche (approach goals), par exemple ceux centrés sur la poursuite d’expériences relationnelles positives telles que plaisir, développement et approfondissement de la relation amoureuse, sont associées à un désir sexuel plus important.

Plusieurs théorisations des processus motivationnels postulent l’existence de deux systèmes distincts, l’un « d’approche » (également appelé appétitif), et l’autre « d’évitement » (aussi appelé aversif). Par exemple le modèle neuropsychologique de la motivation publiée par Gray en 1987 postule l’existence d’un système comportemental d’approche (behavioral approach system ou BAS) qui est un système appétitif principalement sensible aux stimulis positifs ou aux signes de récompense, et d’un système comportemental d’inhibition (BIS), qui est un système aversif principalement sensible aux stimulis négatifs ou aux signaux de punition. Il a rapporté en 1990 que le premier était associé à des sentiments d’espoir tandis que le second était associé à de l’anxiété. Reis et Elliott ont trouvé que les sujets qui avaient une sensibilité BAS plus élevée rapportaient plus d’affects positifs quotidiens que ceux qui avaient une sensibilité plus faible, et qu’à l’inverse ceux qui avaient une sensibilité BIS plus élevée rapportaient plus d’affects négatifs dans leur vie quotidienne. Ces théorisations sont également retrouvées dans les théories des « buts d’accomplissement ».

En 2006, Gable et coll ont décrit une distinction entre buts sociaux de type approche et évitement. Les premiers orientent les individus vers des résultats potentiellement positifs, tels que l’intimité ou le renforcement de leur relation, tandis que les seconds visent à éviter des situations potentiellement négatives telles que conflit ou rejet. Les buts d’approche ont été trouvés associés à des attitudes sociales plus positives, plus de satisfaction dans les relations sociales, et moins d’isolement, tandis que les buts d’évitement ont été trouvés associés à plus d’attitudes sociales négatives, d’insécurité dans la relation, et plus de solitude. En conclusion, le système de rapprochement, au contraire du système d’évitement, est associé à des conséquences émotionnelles et sociales positives.

Un grand nombre des définitions du désir sexuel tournent autour du besoin, ou de la motivation à entreprendre des activités sexuelles, ou de l’anticipation agréable de telles activités dans le futur. Pour les résumer on peut dire que le désir sexuel implique une récompense potentielle, et une expérience émotionnelle positive, qui sont les caractéristiques du système motivationnel d’approche. Par conséquent, en plus de prédire des affects positifs et une satisfaction relationnelle, les buts d’approche pourraient aussi être associées avec le désir sexuel, et avec son maintien dans le temps. Donc les individus qui ont de forts buts d’approche pourraient vivre un plus grand nombre d’évènements et d’émotions positives, incluant le désir, avec leur partenaire, et les buts d’approche pourraient être corrélés plus fortement au désir sexuel que le sont les buts d’évitement. Ceci paraît logique ! Les individus à forts buts d’approche pourraient également avoir une activité sexuelle plus fréquente pour des raisons d’approche telles que faire plaisir à son/sa partenaire ou renforcer l’intimité de la relation, ce qui pourrait à son tour augmenter le désir sexuel. Une étude cross-sectionnelle récente menée chez des adolescentes a montré que s’impliquer dans la sexualité pour des buts d’approche (par exemple pour exprimer son amour ou pour une attirance physique) était corrélé positivement à la satisfaction sexuelle.

Outre cette évaluation du rôle des buts d’approche dans le développement et le maintien du désir au sein du couple, les auteurs ont également poursuivi un second but dans cette étude : de nombreuses données suggèrent que les hommes portent plus d’intérêt à la sexualité que ne le font les femmes, et que par ailleurs le désir sexuel des femmes semble plus étroitement lié aux aspects interpersonnels de la relation que ce n’est le cas chez les hommes. Les femmes ont plus souvent que les hommes des rapports sexuels pour exprimer leur amour et renforcer leur engagement. Ces données suggèrent que le désir sexuel féminin pourrait être plus sensible que celui des hommes à la dynamique relationnelle, et pour cette raison les auteurs ont voulu explorer si la corrélation entre buts d’approche et désir sexuel était plus forte chez les femmes que chez les hommes.

La première étude rapportée était une étude longitudinale de six mois ayant inclus 69 étudiants des deux sexes impliqués dans une relation hétérosexuelle régulière basée sur des sorties communes, sans cohabitation. Les étudiants avaient à remplir deux questionnaires initiaux évaluant pour l’un les buts relationnels d’approche par quatre questions telles que « je vais essayer d’approfondir ma relation avec ma partenaire », et « je vais essayer de faire croître et se développer ma relation amoureuse » et mesurant pour l’autre les buts relationnels d’évitement avec de nouveau quatre questions dont « je vais essayer d’éviter les désaccords et les conflits avec ma partenaire », et « je vais essayer d’empêcher que quoi que ce soit de mauvais n’apparaisse dans ma relation amoureuse ». Puis ils durent remplir tous les 14 jours des questionnaires en ligne évaluant leur désir et leur satisfaction de la relation.

Cette étude est venue confirmer les deux hypothèses liant buts relationnels d’approche et désir sexuel. Non seulement les premiers ont prédit un désir sexuel plus important lors de l’entrée dans l’étude, mais le fait d’avoir des buts relationnels d’approche forts a atténué le déclin du désir sexuel observé au long des six mois de l’étude chez les autres sujets. Les buts d’évitement n’ont par contre pas été significativement corrélés au désir sexuel ni au début de l’étude ni tout au long de celle-ci. Enfin la corrélation entre buts relationnels d’approche et désir sexuel en début d’étude s’est confirmée être plus forte chez les femmes que chez les hommes, soulignant l’importance particulière chez la femme des buts centrés sur l’obtention de résultats positifs dans les relations amoureuses pour la facilitation du désir.

La seconde étude a testé l’hypothèse selon laquelle les buts relationnels d’approche augmentent le désir sexuel au cours des interactions sexuelles quotidiennes dans la mesure où les individus qui ont ce type de buts d’approche dans leur relation peuvent être également fortement motivés à poursuivre des buts de rapprochement à court terme tels que renforcer l’intimité durant leurs interactions sexuelles avec un partenaire. De plus cette étude testa le rôle des buts sexuels d’approche comme médiateurs possibles de l’association entre buts relationnels d’approche et désir sexuel.

Cette étude porta sur 121 étudiants en psychologie des deux sexes impliqués dans une relation de couple, parmi lesquels 18 seulement cohabitaient avec leur partenaire. Après une évaluation initiale s’adressant particulièrement aux buts qu’ils souhaitaient poursuivre dans leur relation au cours des mois suivants, les sujets ont eu à remplir quotidiennement des évaluations de leur désir sexuel et des buts qu’ils avaient poursuivis lors de leurs relations sexuelles, avec cinq questions évaluant des buts de type approche et quatre évaluant des buts de type évitement. Cette étude permit de répliquer les résultats de la première étude en ce que les buts relationnels de type approche furent associées à un désir sexuel plus important au cours des interactions sexuelles au jour le jour. Mais ils montrèrent également que les objectifs sexuels de type approche pouvaient être un mécanisme important par lequel les motivations relationnelles d’approche facilitent le désir sexuel. Enfin de nouveau cette étude montra que l’association entre buts relationnels d’approche et désir sexuel était plus forte chez les femmes que chez les hommes, et de nouveau que le désir sexuel féminin était plus étroitement lié à la dynamique de la relation que ce n’est le cas pour l’homme. Enfin aucune corrélation ne fut trouvée entre les buts d’évitement (avoir des rapports pour éviter un conflit dans la relation, ou pour éviter que la partenaire soit en colère ou devienne agressive) et le désir sexuel.

La troisième étude fut également centrée sur l’expérience quotidienne de 99 étudiants, dont 60 femmes, ayant une relation de couple d’une durée moyenne de 21 mois, le plus souvent sans cohabitation, avec évaluation quotidienne en ligne pendant 14 jours consécutifs de leur désir sexuel, de leur motivation sexuelle, et des évènements relationnels positifs et négatifs. Au départ de cette étude, les participants eurent à remplir un questionnaire évaluant non seulement leurs buts relationnels d’approche ou d’évitement dans leur relation amoureuse, mais aussi une évaluation plus générale de leurs buts relationnels sociaux (amis et autres relations non amoureuses) afin d’évaluer comment les évènements de la vie quotidienne et les autres facteurs sociaux pouvaient moduler le désir. Les auteurs trouvèrent une relation significative entre le désir sexuel et les buts sociaux d’approche du type « je vais essayer d’approfondir ma relation avec mes amis », mais pas les buts sociaux d’évitement du type « je vais essayer d’éviter de me sentir embarrassé, trahi, ou blessé par certains de mes amis », sans cette fois que cette corrélation soit plus forte chez les femmes, suggérant que l’effet de genre retrouvé dans les études précédentes était spécifique des relations amoureuses. L’étude retrouva par ailleurs la corrélation entre les buts sexuels d’approche focalisés sur le partenaire et l’augmentation du désir sexuel. Elle montra que les buts sexuels d’approche centrés sur l’intimité étaient aussi corrélés avec le désir sexuel quotidien et, comme les études précédentes, ne trouva pas de corrélation entre les buts d’évitement et le désir sexuel au jour le jour. Enfin elle montra que les évènements relationnels sont un modérateur important, au jour le jour, de la relation entre buts sociaux d’approche et désir sexuel. Plus spécifiquement les sujets avec buts d’approche intenses eurent un désir sexuel plus important les jours où ils rapportèrent de nombreux évènements positifs, et moins de diminution du désir les jours où ils rapportèrent beaucoup d’évènements négatifs, par comparaison aux sujets avec buts sociaux d’approche faibles.

En conclusion les buts relationnels d’approche atténuent la diminution du désir sexuel qui apparaît avec le temps dans un couple, et prédisent un désir sexuel plus important au cours des interactions sexuelles quotidiennes. Les buts sexuels d’approche jouent un rôle intermédiaire dans cette association des buts relationnels d’approche et du désir sexuel. Les individus qui avaient des buts d’approche forts ont même eu encore plus de désir sexuel les jours où étaient survenus des évènements relationnels positifs, et moins de diminution du désir les jours où étaient survenus des évènements relationnels négatifs, que les sujets qui avaient des buts d’approche faibles. Dans deux des trois études, l’association entre buts relationnels d’approche et désir sexuel s’avéra plus forte chez les femmes que chez les hommes. Ces résultats montrent l’utilité des modèles de motivation approche–évitement pour la compréhension d’une grande variété de phénomènes de la vie quotidienne. Il montre également que la sensibilité à des processus relationnels positifs tels que l’intimité, le renforcement de la relation, et le plaisir a des implications importantes pour la relation intime, cette sensibilité aux processus positifs étant indépendante de la sensibilité aux processus négatifs tels que conflits et rejet.

Mis à jour le 30 mai 2009