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Psychologie

Idées fausses et autres mythes sexuels sont-ils une cause ou une conséquence des dysfonctions érectiles psychologiques ?

D’après Beckwith AC et coll, Int J STD AIDS. Sept 2009

Analyse par Gilbert Bou Jaoudé, Lille, France

La classification étiologique traditionnelle des Dysfonctions Erectiles (DE) comporte 3 groupes : DE organiques, psychologiques et mixtes.

Le fait d’avoir des idées fausses sur ce qu’est une fonction sexuelle « normale » est habituellement classé parmi les causes psychologiques potentielles de la DE. Il s’agit en réalité de différents mythes sur la sexualité, de connaissances tronquées, de mésinformations ou d’idées fausses circulant parfois depuis de nombreuses générations dans une même société, et conduisant une personne à se sentir « anormale » ou différente des autres, et en tout cas à douter de la normalité de sa fonction sexuelle. L’ensemble de ces interrogations pourrait conduire à des dysfonctions sexuelles et en particulier érectiles.

L’étude Analysée

Quelques études ont déjà rapporté que le nombre des personnes présentant des idées fausses à propos de la sexualité était significativement plus élevé chez les sujets qui souffrent de dysfonction sexuelle que dans la population générale. Cependant, la distinction n’avait pas été faite entre celles chez qui ces idées fausses avaient précédé (éventuellement favorisé) la survenue de la dysfonction sexuelle et celles chez qui, à l’inverse, c’était la survenue d’une dysfonction sexuelle qui avait été à l’origine des idées fausses.

C’est dans le but de mieux comprendre dans quel sens fonctionnait cette relation que cette étude a été entreprise. Elle a porté sur 91 hommes dont 40 présentant une DE considérée comme d’étiologie somatique, 24 hommes présentant une DE considérée comme d’étiologie psychologique et 27 ne présentant pas de DE. Tous ces hommes ont complété des questionnaires spécifiques pour l’évaluation de la fonction érectile ainsi qu’un questionnaire concernant leurs croyances à propos de la fonction sexuelle.

Le principal résultat de cette enquête fut que la fréquence des idées fausses était la même chez les hommes présentant une DE organique et chez ceux présentant une DE d’origine psychologique. Par contre, il existait une différence significative entre l’ensemble des hommes présentant une DE dans leur ensemble et les sujets témoins ne souffrant pas de DE. Ces derniers avaient beaucoup moins d’idées fausses.

La fréquence identique des idées fausses à propos de la fonction sexuelle chez les hommes ayant une DE organique et chez ceux ayant une DE psychologique devrait, selon les auteurs, faire douter du rôle des idées fausses dans la survenue des DE psychologiques, et suggère que ces idées fausses sont plutôt une conséquence de la DE.

Commentaires

Il parait important de signaler quelques limites méthodologiques de cette étude et tout particulièrement :

- la classification en DE organiques et psychologiques : celle-ci est très controversée. Des facteurs organiques, particulièrement vasculaires, jouent souvent un rôle important dans des DE apparemment purement psychologiques, et à l’inverse il est bien peu de DE à prépondérance organique sans facteur psychologique associé, ne serait-ce que réactionnel aux troubles de l’érection. De plus, aucun critère objectif ne permet d’affirmer qu’une DE est organique ou psychologique et le classement des patients dans l’une ou l’autre catégorie est très subjectif et investigateur dépendant,

- le nombre d’hommes étudiés est faible : seulement 20 à 40 dans chaque groupe, ce qui ne peut être considéré représentatif des populations d’hommes avec DE et encore moins de la population générale sans problème sexuel (groupe témoin de 27 hommes).

- affirmer comme le font les auteurs de cette étude, que les fausses croyances et les mythes sexuels doivent être considérés comme une conséquence de la DE et non comme sa cause peut aussi être discuté : que les hommes qui ont une DE organique en aient autant que ceux qui ont une DE psychologique pourrait aussi bien s’expliquer par l’intervention de facteurs psychologiques liés aux fausses croyances également à l’origine des DE qu’on penserait purement organiques.

Quoiqu’il en soit, cette étude tend à confirmer le rôle des idées fausses dans le déterminisme des DE, et par conséquent l’importance d’une meilleure diffusion d’une information sexuelle objective à laquelle devraient contribuer aujourd’hui les nombreux médias disponibles, particulièrement via internet.