Psychologie

Résultats d’une analyse systématique multi variée des prédicteurs du désir sexuel féminin

Analysé par Jacques Buvat, Lille, France

D’après l’article de Carvalho J, et Nobre P. Predictors of women's sexual desire: The role of psychopathology, cognitive-emotional determinants, relationship dimensions, and medical factors. Journal of Sexual Medicine 2009, November 13 [Epub ahead of Print]

Dans cette étude, les auteurs ont évalué l’importance de chacun des principaux paramètres susceptibles d’influencer le désir féminin selon les données de la littérature, qui a été jusqu’à présent plus souvent basée sur des opinions d’experts que sur des données objectives. Pour ce faire ils ont étudié un échantillon de 237 femmes portugaises, représentatives de la population générale,  à qui ils ont administré six questionnaires évaluant la pathologie psychologique, les facteurs cognitivo – émotionnels, l’ajustement dyadique du couple, l’existence de pathologies médicales, et l’influence de la ménopause. Les données obtenues ont été corrélées au score du désir sexuel mesuré par la sous-échelle désir sexuel du Female Sexual Dysfunction Index (FSFI) au moyen d’analyses uni et multi variées.
 
Les auteurs ont trouvé des corrélations significatives entre désir sexuel et toute une série de classes de prédicteurs :

  • L’âge (corrélation négative hautement significative)
  •  La psychopathologie, et plus particulièrement le paramètre psychoticisme  (ou trait psychotique, caractérisé par la froideur, le manque d’empathie, l’impulsivité, l’égocentrisme, mais aussi la créativité : corrélation positive, p < 0.01). Par contre pas de corrélation significative avec l’anxiété et la dépression dans cette étude.
  • Les croyances et préjugés sexuels, et parmi ceux-ci plus particulièrement le « conservatisme » sexuel, et les croyances selon lesquelles la fonction sexuelle  s’altère obligatoirement avec l’âge (toutes deux corrélation négative, p < 0.01).
  •  Les pensées automatiques négatives survenant au cours de l’activité sexuelle. Plus particulièrement celles concernant le sentiment d’échec ou de retrait vis-à-vis du rapport (« je ne vais pas être excitée », « quand  ça va-t-il être fini ? »), et l’absence de pensées érotiques étaient corrélées négativement au désir (p<0.001). Par contre, et de façon inattendue, la passivité sexuelle et les pensées d’auto-contrôle (« je dois attendre qu’il fasse le premier mouvement », « je ne dois pas montrer que je suis intéressée ») étaient positivement corrélées au désir (p<0.001)
  • Les émotions ressenties au cours de l’activité sexuelle peuvent correspondre, entre autres, à une réaction aux pensées automatiques. L’analyse de regression multiple trouva qu’elles rendaient compte dans leur ensemble de 15 % de la variance du désir sexuel féminin, corrélation significative pour l’ensemble de cette classe de prédicteurs, sans cependant qu’aucune des différentes émotions évaluées y soit individuellement corrélée.
  • L’ajustement dyadique s’avéra constituer un autre prédicteur particulièrement important du désir féminin. L’analyse de régression multiple montra qu’il rendait compte à soi seul de 30% de la variance du désir sexuel. L’analyse de régression standardisée montra que les deux meilleurs prédicteurs individuels du désir étaient dans cette classe l’affection dyadique et la cohésion dyadique (coefficients B de respectivement 0.45 et 0.37, p< 0.001 pour chacun)
  • L’influence potentielle des problèmes médicaux fut évaluée en comparant l’ensemble des femmes présentant au moins une maladie (n= 56) à l’ensemble de celles n’en présentant aucune (n = 17). Comme on pouvait s’y attendre les femmes du premier groupe étaient plus âgées (en moyenne 43 vs 33 ans). Elles étaient aussi plus souvent mariées et avaient un niveau d’éducation moins élevé. Après ajustement pour l’âge, l’analyse de covariance univariée montra que les femmes qui avaient des problèmes de santé avaient un niveau moyen de désir plus faible que les autres (p<0.01).
  • L’influence potentielle de la ménopause fut également évaluée en comparant le niveau moyen du désir de l’ensemble des femmes ménopausées à celui des femmes non ménopausées et à celui des femmes en préménopause. Après ajustement pour l’âge et les problèmes médicaux, ces niveaux n’étaient pas différents statistiquement.

Au total, parmi les nombreux prédicteurs potentiels testés, la ménopause s’avéra dans cette population le seul prédicteur à n’avoir pas d’impact statistiquement significatif sur le désir féminin, suggérant un rôle secondaire de cet événement dans le déclin du désir lié à l’âge. Les analyses de régression multiple montrèrent que les deux classes de prédicteurs les plus importantes dans cette population étaient les pensées automatiques qui surviennent pendant le rapport et sont susceptibles de distraire la femme de son excitation, et l’ajustement dyadique, responsables de respectivement 43% et 30% de la variance du désir. L’analyse standardisée des coefficients de régression a par ailleurs trouvé que le principal prédicteur individuel significatif était constitué par les pensées automatiques d’échec et de retrait survenant au cours du rapport. Ceci suggère un rôle central des dimensions cognitives dans le contrôle du désir sexuel, mais tout autant le caractère multifactoriel de ce contrôle.

Cette étude passionnante comporte bien sûr des limitations. D’abord le nombre relativement limité de femmes de cet échantillon et leur appartenance à la seule population portuguaise, qui ne permet pas d’en généraliser les résultats à toutes les femmes de culture occidentale. De plus cette étude n’a pas pris en compte certains facteurs potentiellement importants comme les taux des hormones stéroïdiennes circulantes, le rôle de la durée de la relation (l’habituation), et celui d’éventuelles dysfonctions sexuelles chez le partenaire. Ses résultats confirment cependant de façon indiscutable le rôle important des facteurs cognitifs et relationnels dans la modulation du désir sexuel féminin et rapportent plusieurs autres constations originales.